‹ De l'Eden à MoiseChapitre 46 sur 79 · L'ARBRE DU PAR.ADIS · texte numérisé non relu

L'ARBRE DU PAR.ADIS

demeure, l'arbre néfaste du bien et du mal. Ce mal, Adam a voulu le connaître avec la même ardeur que le bien. A cet égard, nous nous montrons toujours ses enfants. La Gazette des tribunaux a plus de lecteurs que la Vie des saints. Dans une occasion donnée, le désir de connaître le mal peut constituer une tentation terrible ; cette fatale curiosité est pour une grande part dans toutes les perversions.

L'arbre de la science du bien et du mal était à la fois un symbole et une réalité séduisante. La tentation correspondait aux sens de riiomme en excitant leur appétit. Il faut bien le reconnaître après la sainte Ecriture , il y avait dans le fruit si beau du paradis terrestre une attraction dont les yeux et la délicatesse sensuelle d'Eve devaient être émus. Cependant la tentation des sens était le côté accessoire de l'épreuve. En voulant y voir la chose principale , Fincrédulité essaye de jeter une couleur puérile sur le drame tout entier. Cet accessoire n'était, dans l'épreuve, que ce qu'est le corjDS dans la vie humaine. Tant que l'homme sera une âme emprisonnée dans un infime limon, il se trouvera chez lui une parenté avec les plus triviales misères.

Ainsi l'épreuve était grande par l'endroit où Adam était grand, petite par l'endroit où Adam était petit. La Providence le traitait en dieu et en enfant, parce qu'il était à la fois l'un et l'autre.

Remarquons en finissant que Fauteur inspiré de la Genèse est, parmi les anciens historiens, le seul qui fasse ressortir un enseignement moral de la transgression qui décida du sort de l'humanité. Les

autres se perdent dans des léger^des qui ne renferment pas de leçons ^ La donnée fondamentale des mythes ariens , greffés sur la vieille Lradilion chaldéenne , représente l'Univers comme un arbre immense qui lient la terre embrassée dans ses racines et dont les branches forment la voûte du ciel. Le fruit de cet arbre est le feu. Ses feuilles distillent le breuvage de la vie. Les dieux se sont réservé la possession du feu ; celui qui , comme le Prométhée des Grecs, ose cueillir le fruit générateur du feu est maudit ; les dieux jaloux le poursuivent , lui et sa race. La leçon n'est pas apparente, et il est difficile de dégager de la fable un enseignement bien clair. Tovit autre est l'histoire de la chute suivant la Genèse.

Pour que l'arbre de la science devînt fatal à l'homme , que fallait-il ? Une seule chose , une occasion. L'ange séducteur, le serpent, fut cette occasion. Nous allons dire pourquoi et comment.

^ La tradition iranienne a, nous l'avons dit, une grande parenté avec le récit de la Genèse. D'après le Zend-Avesta, sur le mont Abourdj , séjour du patriarche Yima , dans son temps heureux, croissaient deux arbres : l'un, l'arbre Tout-Bien, Toute-Science (ou Toute-Semence); l'autre, le haoma ou soma, larbre de l'immortalité. Mais on ne saurait trouver aucun enseignement dans ces souvenirs confus de la révélation primitive, plus ou moins altérée par Zoroastre.

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