IS. XLV
^ Théodoret interprète comme nous lu prophétie [Qusesf. 700 in Genesim ).
comme David le voyait dans Salomon , lorsqu'il s'écriait : « Tous les rois de la terre t'adoreront'. » N'est-ce pas, en effet, le Christ dont il dit : « C'est lui qui est le Seigneur, et ils l'adoreront. Les filles de Tyr, avec des présents , lui adresseront leurs prières, ainsi que les puissants du peuple? » N'est-ce pas le Christ aux pieds duquel tomba saint Pierre , lorsqu'il s'écria: « Eloignez- vous de moi, car je suis un pécheur^ ! » N'est-ce pas lui que suppliait à genoux le lépreux, en disant: « Si vous le voulez, vous pouvez me guérir^? » N'est-ce pas le Christ que les Apôtres adorèrent montant au ciel* ; enfin n'est-ce pas lui encore, le lion de Juda victorieux, que les vingt -quatre vieillards et une multitude innombrable d'anges adorent dans le ciel en chantant : Dignus es accipere gloriaw et henedictionem^? Au reste, Jacob ne fait ici que transporter sur la tête de Juda les bénédictions qu'Isaac avait appelées sur la sienne : « Les peuples te serviront, les nations t'adoreront : sois le chef de tes frères; les fils de ta mère t'adoreront ^ »
Juda est un jeune lion.
Ce mot jeune nous montre que Juda, au moment où parle Jacob, ne possède encore qu. en puissance la force victorieuse qui lui est dévolue. Il faudra des
* Ps. XLiv, i2; Ps. Lxxi, 11.
^ Luc. V, 8; Joan. ix, 38.
^ Marc. I, 40.
* Luc. XXIV, 51 -52.
^ Apoc. V, 5 et 12.
^ Gen. XXVII, 20. « Adorent te tribus et incurventur aate te filii ma tris tuœ. »
siècles pour qu'il devienne un lion redoutable. Mais l'autorité de la prophétie apparaîtra d'autant plus manifeste qu'il se sera écoulé plus de temps jusqu'à son accomplissement.
Des commentateurs , il est vrai, ont nié quil j ait ici une différence intentionnelle de la part de Jacob entre les expressions lion et Jeune lion. Cependant le texte est formel et accuse cette différence. n*%\ "**;, catulus leonis. indique un lion qui n'est pas encore capable de saisir une proie* : c'est Juda ; et le lion qui a atteint la plénitude de ses forces est celui que reconnaît saint Jean, quand il s'écrie : « Il a vaincu . le lion de la tribu de Juda ! » C'est le Dieu fort dont parle Isaïe^; c'est l'Adonaï, qui au jour de sa Aengeance réduira ses ennemis en poussière''\ celui dont la colère s'enflamme soudain : c'est le roi dont le sceptre anéantit le prince de Moah*: c'est le héros d'b]dom avec son manteau feint de la pourpre éclatante de Bosra, s'avançant dans la plénitude de sa force, jugeant et combattant avec justice, celui qui s'appelle Roi des rois, Seigneur des seigneurs^ . Ce lion, c'est le
* Ezéchiel le dit positivement au chapitre xix, v. 3. « La lionne fit sortir un de ses petits n'"^"!!» (ex catulis), et c'était un jeune lion, "^iS; {leo Juvenis, a lacté depulsus qui j'am prœdari cœpit) , et il apprit à ravir sa proie. » Bochard s'exprime ainsi : Quum primum catulus leonis a lacté depulsus prxdari incipit et sihimet victum quaerere sino matris opéra, tune desinit esse "^'i et recte vocatur ■^*22.
^ Is. IX, 6.
3 Ps. cix, 5; II, 0. 1.3.
^ Num. XXIV, 17.
^ Is. Lxiii, 1 et seq.; Apoc. xix, 13.
Christ, qui a dit : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde ' ! » C'est le roi de cette Église contre laquelle les portes de Venfer ne préi,'iucIront point; c'est vraiment l'homme fort qui monte dans son palais du ciel, chargé des dépouilles enlevées au prince des ténèbres * !
Après avoir ravi la proie, tu es monté, mon fils.
Le sens est : Après avoir vaincu tes ennemis et l'être enrichi de leurs dépouilles, tu es retourné avec gloire dans ta demeure. Ces mots : Tu es monté, mon fils, ne présentent point dans notre manière de parler un sens clair ; mais dans l'Ecriture sainte cette locution est usitée pour indiquer le retour glorieux d'un vainqueur dans son palais. Le palais des puissants a été longtemps bâti sur des lieux élevés, hors des atteintes de l'ennemi, dans une position menaçante et respectée. De là , sans doute, l'expression monter, pour indiquer l'action d'aller trouver le roi ^. Le psalmiste dit à celui qui personnifie Dieu vainqueur des ennemis d'Israël : Ascendisti in altum, cepisti captivitatem^. Dieu est représenté comme un puissant roi qui monte à son palais, chargé de dépouilles et traînant des captifs. C'est
' Jonn. XVI. 33.
* Luc. XI, 22. S. Jt-rôme (Quœst. in Gènes.), Nicolas de Lyra, Cajétan, dom Calmet, interprètent comme nous ces paroles : Juda est un Jeune lion. Ils les appliquent à David, figure du Christ. S. Augustin (lib. XVI, de Civ. Dei, c. xli, et lib. I, de Trin., c. ix); Origène {Ilom. xvii in Gènes.), Tbéodoret {Qupest. ex), montrent comment les mêmes paroles n'ont été pleinement réalisées que dans Jésus-Christ.
^ Gen. XLVii 31.
* Ps. LXVII, 19.
donc à tort que Luther a traduit : « Tu as grandi , mon fils, au sein de la victoire. »
Juda s'est couché, il s'est reposé comme un lion, comme une lionne: qui le réveillera ?
Cette paix , qui est le repos du lion , ne ressemble point à celle qui est prophétisée à Issachar, à celle de la servitude : «. Issachar est un animal plein de force, couché au milieu de son héritage. Il a vu que le repos était bon et que sa terre était excellente, et il a soumis son épaule aux fardeaux, et il s'est assujetti aux tributs ' . »
La parole : « Après avoir ravi la proie , tu es monté, mon fils, » a eu sa réalisation dans la vie de David , figure de Jésus -Christ. L'autre : « Juda s'est reposé comme un lion, comme une lionne : qui le réveillera ^? » reçut son accomplissement dans Salomon se reposant au sein de la force victorieuse. Ces mots pourraient être gravés au frontispice de l'histoire de son règne.
Mais seul le Christ a réuni pleinement dans sa personne le double caractère de la victoire et de la paix, les triomphes de David et la gloire de Salomon. C'est donc le Christ qui a accompli la prophétie tout entière.
' Gen. XLix, 14 et 15.
- Le mot lionne est une répétition emphatique : le terme hébreu N'^*? est employé par les poètes pour désigner le lion lui-même (Job IV, 10).