CHAPITRE XY
sont les compagnons obligés d*une excursion nocturne, ne peut-on les laisser dormir, au moins pendant la nuit, et avec eux les habitants paisibles des villages traversés?
Au temps du choléra, temps néfaste et récent, pour assainir l'atmosphère à la nuit tombante, on allumait des feux ; passe encore pour les feux ; mais on dansait autour et même Ton chantait, sans dout€ pour se donner du cœur. Je Ta voue, en entendant ces chanteurs dansant, en voyant ces danseurs chantant, j*avais le cœur serré et je ne pouvais m'empêcher de me dire : « Que doivent penser, que doivent sentir les malheureux dont ces feux (il y avait même des feux de Bengale) viennent éblouir les yeux mourants, dont ces chants à contre-sens vien* nent troubler la dernière heure? »
C'est l'habitude de nos conscrits, d arroser de libations copieuses, trop copieuses parfois, les numéros qui les font soldats. Ces numéros à la casquette, ils se promènent à pied, ils se promènent en voiture, ils chantent, ils crient même; jusque-là il n'y a pas grand mal.
Mais voici qui est plus grave. Presque toujours ils portent à la main le drapeau tricolore ; or comme TefiTet ordinaire des libations abondantes est de troubler la vue, d'alourdir les membres et de compromettre l'équilibre, on assiste parfois à des scènes attristantes. Le drapeau national veut être tenu d'une main ferme et porté d'un pas assuré; des
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mains tomoantes et des pas cbantelants sont une offense pour le drapeau.
L'instituteur peut le dire, il doit le dire aux enfants qui Fécoutent et qui seront un jour conscrits.
Voilà un genre de leçoas jnorales dont nos maîtres trouveront toiqoiirs des sujets à leur portée, 60«8 la nuLM, et dont les incidents et les accidents de la vie journalière leur offriront une ample màr tière. Us rentrent dans le domaine de TéducatioB, car, ne l'oublions pas, le degré d'éducation se mesure au degré de prévenance, d'obligeance et de prévoyance que nous sommes ou devenons capaMes de nous imposer dans l'intérêt et pour le plaisir de nos semblables, ce qui revient à dire que l'éducation se mesure à la bonté, et que l'homme le mieux élevé, c'est en réalité celui qui est le meilleur* ^