CHAPITRE XVI
Un livre donne des conseils, indique des méthodes ; il ne peut suppléer à l'étude directe, à l'observation de la nature. L'enfant, Tàme de Tenfant, voilà le véritable livre ; apprenons à y lire, car c'est un art; une fois le secret trouvé, il n'y a pas de lecture plus fructueuse, il n'en est pas non plus qui devienne plus attrayante, plus attachante. J'ai vu avec bien du plaisir que dans une école normale le directeur exige des élèves maîtres une étude de ce genre ; c'est une heureuse innovation qui mérite de devenir une obligation.
La première des punitions est infligée par la nature elle-même, c'est-à-dire par la conscience : c'est le malaise qui suit toute faute même légère et le remords qui suit une mauvaise action ; mais la ^^ 'â^liettifant, sa turbulence Tarrache vite à «ise et émousse rapidement l'aiguillon du remprds. Gardons-nous de le laisser ainsi s'échapper à lui-même et chercher dans l'étourdissement et dans des sensations nouvelles l'oubli ou radoucissement de sa souffrance. Le mattre s'efforcera de retenir l'enfant eh lui-même, de lui faire ressentir son mal, de le livrer sans distraction à sa conscience, de l'isoler au dedans de lui, enfin de lui faire achever son expiation. Il développera, il aiguisera, il affinera sa sensibilité morale, afin que l'enfant devienne de plus en plus impressionnable à ces troubles intérieurs, comme ces instruments de météorologie perfectionnés qui accusent non seulement les perturbations, mais
M% I>E L'ÉWJCiTION
jusqu'aux moindres variations de Tatmosphère. C'est ce que j'appellerais l'éducation de la conscience, -œuvre difficile, je l'avoue, mais bien utile, bien né» •cessaire, et dont le succès décide du sort de l'enfant.
La conscience est un sens intime qui, comme les «ens extérieurs, comme le toircber, comme le goût, peut dev^iir plus obtus ou plu& fin, plus grossier ou plus délicat, plus impressionnable ou plus indifférent ; ^t si l'on n'y veille, si on ne l'avive et ne Texerce, il finit par se blaser et s'endurcir.
Pourquoi donnons-nous dfs punitions? C*est parce que la conscience, trop faible encore, trop douce, trop anodine, ne suffit pas à punir assez l'enfant pour le préserver des fautes et des rechutes. Nous venons donc en aide à la conscience, nous lui apportons du renfort, nous ne sommes que ses auxiliaires, et nous travaillons de tout notre pouvoir à nous rendre inutiles. Notre désir et notre but, c'est -de la mettre en état de se passer de nous le plus tôt possible, c'est de la fortifier assez pour qu'elle arrive à se suffire; bref nous punissons pour arriver à ne plus punir. En efifét, lorsque la cons- <ïience a réussi à se faire assez craindre, lorsqu'elle «st devenue la maîtresse, alors l'éducation est terminée, on peut abandonner Tenfant à lui-même, il est mûr pour le self-govemment, c'est-à-dire qu'A trouve en lui-même sa punition comme sa récompense.
Nous nirons pas jusqu'à dire : la façon de punir
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Taut miewx qne la panitien ; cependasit il est cerlaÎB qu'elle est pour beaucoup dans la mamère dont Tenfant la reçoit et dans le profil qu'il en tire. Le& remèdcB pris à contre-cœur font souvent plers de mal que de bien ; la punition est un remède; fai^ons^ en sorte que l'enfant reconnaisse l'utilité de ce remède et l'accepte au lieu de le subir. Aussi convientil de donner la punition et non de la jeter comme on jette une pierre à un chien qui aboie. Le maître qui punit de la sorte ne songe qu'à lui-même et non à l'enfant ; il se délivre d'une incommodité, il ne corrige point ; c'est une satisfaction qu'il s'accorde à lui-même et non un service qu'il rend à l'enfant. Donc point d'impatience, point d'emportement, pas d'éclats de voix, pas de gestes violents ; mais une action lente et calme, une voix grave et posée.
C'est déjà une punition de ne pas être récompensé. Lorsque, dans la distribution des récompenses, l'enfant n'a point de part, cette privation lui est sensible ; car dans ce monde on ne souffre pas seulement des maux qu'on éprouve, mais aussi dea plaisirs dont les autres jouissent, surtout quand on s'est par sa faute privé de celte jouissance.
Cette privation est aussi un avertissement ; car Fenfant qui n'est pas récompensé sent qu il est près^ d'être puni. 11 est aussi difficile de se tenir entre les récompenses et les punitions que de rester en place sur une pente rapide ; si on ne remonte, on redescend. Quand on ne contente pas son maître, on est
bien près de le mécontenter. Il y a pourtant on certain nombre d*enfants qui réussissent à nager entre ces deux eaux, et à éviter les punitions sans atteindre les récompenses. Le maître doit s'appliquer à en réduire le nombre, et à faire sortir Fenfant de cette espèce d*insignifiance morale qui finit par engendrer rindififérence et la stérilité. Mieux vaut une certaine inégalité qui est une preuve de vie, et des fautes qui provoquent le repentir et Tefifort, que cette neutralité entre le bien et le mai qui est Tindice de la somnolence intellectuelle et de Tinertie morale.
CSertains enfants se résignent assez aisément à passer entre les punitions et les récompenses, parce que, s'ils n'ont pas la satisfaction d'avoir obtenu celles-ci, ils ont du moins vis-à-vis d'eux-mêmes et de leurs parents le mérite négatif et l'excuse de n'avoir pas encouru les autres. Gardons-nous de leur laisser prendre cette habitude, secouons leur apathie, stimulons en eux l'énergie qui est la condition du progrès. Efforçons-nous de leur faire comprendre que, lorsqu'on ne mérite pas d'éloges, on est bien près de mériter le blâme ; car il dépend de nous de bien faire, et n'avoir pas fait tout ce qu'on peut faire, c'est déjà être répréhensible.
L'interdiction des châtiments corporels qui déshonoraient nos écoles impose aux maîtres une étude attentive et scrupuleuse des punitions morales. Elles demandent à être graduées avec méthode, appli^ quées avec tact, appropriées avec art.