‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 105 sur 159 · CHAPITRE va · texte numérisé non relu

CHAPITRE va

Nous ne voulons pas refaire point par point, poui les punitions, ce que nous avons fait pour les récompenses, et en présenter une gradation corretpondante, c'est un travail auquel chaque maître peut ou plutôt doit se livrer lui-même et qui lui profitera davantage, s'il en est l'auteur, que s'il eo est simplement Temprunteur. Nous nous contei» terons de mettre en lumière les caractères communs à ces moyens contraires.

Sous un certain rapport il en est du mal comme du bien ; et de même que nous ne pouvons rien faire de bien qui ne profite aux autres, ainsi nous ne pouvons rien faire de mal qui ne leur nuise plus ou moins. G*est ce qu il importe d'expliquer de mille manières et de rappeler sans cesse à Tenfant. Si Ton peut parfois étendre la récompense même à ceux qui ne Tout pas méritée, et cela pour le plaisir et dans rintérèt de l'enfant récompensé, il est clair qu'on ne pourrait sans injustice et sans inconvé^ nients graves étendre aussi la punition à ceux qui ne Font point encourue.

Mais, quelle que soit la faute commise, il est facile de faire comprendre au coupable que le contre-coup de sa faute se fait sentir tout autour de lui, à son maître, à ses camarades, à l'école et à la famille. Le moindre manquement à la discipline, sans parler de l'exemple, entraîne déjà un ennui pour le maître, un trouble et une perte de temps pour lardasse entière. Que sera-ce de ces fautes qui, après avoir

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scandalisé Técote, vont pwter !a tristesse et Fînqniétode jusqu'au sein des familles? L'habitude de faire parcourir et eiïArasser à Tenfant tout le cercle où se propage Fécho de «es fautes, et de loi en faire sruivre point par point les conséquences bonnes ou mauvaises, est Tune des meilleures qu'on paisse faire contracter à l'enfance, x»r die accroît xle toornie lieure en hti te "sentiinent -de la TesporrsaWiité, elle fortifie les liens qui soutiennent la Toi0nté, elle le iléga*ge peu à peu' de la servitude de l'égoïsme et le force à vivre hors de lui, dans les antres et ponr les autres.

On sera utite à l'enluit «n lui ftiisant lire des histoires et des ouvrages qui soient en rapport avec "son état moral; à celui qui ment, l'histoire d'un •menteur, à celui qui vole, Thistoire d*tin voleur, •et en exigeant qu'il la raconte ensuite de vive voix tra qu'il en fasse le résumé écrit. Cette punition n'est pas sans efficacité, parce qu'elle relient pendant des heures enftières Tesprit de l'enfant sur une faute dont le souvenir l'importune et qu'elle déroule longueinent à ses yeux les conséquences du vice ou du •défaut dont il est atteint; elle n'est pas non plus ^sans quelque douceur, puisque toute histoire bien •racontée excite l'intérêt ; mais le charme même du Técit est comme le miel qui fait boire au malade un hreuvage d'une amertume salutaire.

Une punition ne profite que si elle est acceptée, consentie; ce qui ne veut pas dire qu'on i3oîve reté-

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nîr la punition jusqu'à ce qne Tenfant en ait reconnu la justice et compris Futilité ; car à peine la faute estelle commise que l'enfant, se sentant menacé, se met sur la défensive, se raidit, et parfois se redresse, et qtre , parun sentiment inné d'amour-propre etje dirais presque de dignité mal comprise, il se prépare à tenir tète à Forage. Il ne faut donc pas attendre que Fenfant Tienne demander sa punition, car on risquerait d attendre longtemps ; mais, quand le moment le comporte, il est bon d'iaccompagner la punition de quelques mots qui l'expliquent, sauf à prendre ensuite Fenfant à part, et l'amener à reconnaître la nécessité où le maître est de punir, d'abord dans l'intérêt bien entendu du coupable, puis dans fintérèt des antres enfants, que Fimpunité de leur camarade pousserait vite à suivre son exemple.

Si ces explications ne produisent pas immédiatement leur effet, ce sera une semence que le temps et la réflexion feront lever plus tard. Que Finstituteur ne dise pas que nous lui demandons nne cbose difficile, nous le savons; mais, dans ce monde, ce qui est facile est par là même stérile ; la difficulté seule est féconde. Il s'agit ici du plus grand intérêt de Fenfant et de lÉtat ; plus la conscience indlviduelte a de vertu disciplinaire et de force directrice, moindre et plus rare est Faction gouvernante et coercitive de FÉtat. A quoi servent toutes les barrières des lois, tout Farsenal des peines, sinon à suppléer à Finsuffisance de la consdence ? (Test pairce que chez uh-

trop grand nombre d'hommes elle est émoussée, étourdie, inerte et sourde, que la loi vient du dehors imprimer la direction qui manque au dedans. L*idéal républicain doit être le développement et la vivification de la conscience humaine* Que l'instituteur entre donc de bonne heure en relation directe avec la conscience de l'enfant, qu'il s'étudie à la bien connaître, à en apprécier comme à en accroître la force, que tantôt il la seconde et tantôt il la laisse un moment à elle-même, mais sans Fabandonner, comme fait la jeune mère qui laisse son enfant essayer ses forces et cesse de le soutenir, sans cependant le perdre du regard.

Plus il aura réussi à rendre la conscience sensible et moins il aura besoin de punir. Pour les fautes lëgères et avec des natures délicates un regard sévère, un mot de blâme dit à part, la moindre marque de mécontentement et de refroidissement suffisent; ces enfants ont besoin de TafTection du maître, et la crainte de la diminuer ou de Ja perdre» la privation des témoignages d'estime auxquels ils sont habitués, leur causent une souffrance qui, jointe au malaise moral, les ont bien vite ramenés au bien.

Le bl&me en présence de la classe, en présence de personnes étrangères, des inspecteurs^ des autorités, les lettres écrites ou les visites faites par l'instituteur lui-même aux parents de l'élève, doivent être réservées pour des fautes plus graves; ces

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