‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 106 sur 159 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

moyens font sentir à Tenfant Taccord qui s'établit autour de lui, entre personnes différentes, au si^jet de sa conduite; elles Thabituent à compter de bonne heure avec l'opinion, qui est comme une image agrandie de sa propre conscience, et qui lui fait sentir dans les autres ce môme mécontentement qull sent en lui-même. L'enfant se trouve, si je puis dire, entre deux feux; et tel qui prenait assez résolument son parti des reproches de sa conscience, ne tient pas contre ce concert de désapprobation qui Tentoure. Il rencontre au dehors l'ennemi qu'il croyait avoir laissé au dedans; force lui est de rentrer en lui-même, de réfléchir et de s'amender.

Je n'ai pas besoin de dire combien l'alliance de l'école et de la famille, si utile pour les récompenses, est nécessaire pour les punitions. L'autorité paternelle, la tendresse maternelle surtout ont des ressources infinies et une liberté qui manquent au maître. Quand celui-ci est réduit à lui-même, quand les parents lui refusent leur appui, ou que l'enfant ne trouve à la maison que la brutalité bannie de l'école, la tâche du maître est bien ingrate et sa bonne volonté presque paralysée.

Il est difficile d'aller dans la voie des punitions aussi loin que dans la voie des récompenses; et notamment il serait imprudent de donner aux fautes graves la publicité même restreinte qu'on peut accorder aux bonnes actions; on risquerait de blesser Tamour-propre des parents et d'attacher au nom

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de relève des sonyeirirs qui pourraient le suivre a$«ez avant dans la vie. Je ne conseillerais donc pas de répandre d'école en école, ni d'exposer dans un C(Mwpte rendu les méfaits d'un écolier; mais îk peuvent sans inconvénient figurer comme contrepartie, dans l'ordre du jorur où l'on mentionne les traits qui font honneur aux enfants. Leur place est tofiit indiquée dans ce livret individuel dont j'ai parlé plus haut, et qui formerait l'histoire du développement moral de l'enfant. Plus tard, reprenant ce petit livre, et revenant sur ces années déjà lointaines, le jeune homme, et même l'homme fait y trouverait encore avec le souvenir des premières fautes et des premiers efforts d'utiles avertissements et des leçons profitables.

Les punitions sont comme les remèdes ; si l'on en abuse, on en affaiblit l'eff'et, et l'on finit par le détruire. L'enfant s'habitue aux punitions comme il s'habitue aux coups; vient un moment où il préfère une souffrance physique qui ne dure pas, ou d'autres punitions qui ne lui coûtent qu'un travail matériel, à l'effort soutenu qu'exigent de lui l'accomplissement régulier de ses devoirs ou l'amendement de défauts déjà anciens. Quand l'enfant en est arrivé à prendre son parti des punitions, alors il reste peu d'espoir, l'éducation est manqnée, ce n'est plus le maître qui redressera l'enfant; celui-ci n'a plus rien à gagner à l'école et pas grand' chose à gagner dans la vie.

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UsoBs ëoae sobrement des punUions, comme on ose de nsMiAitions qui s'épui^eot vite et qui ne sont pas renouvelables). Prenons garde de laisser Tenfant ea venir à ce4 état d*iadiSérence et dlnsensibîr IHé nioraJe qui est le sympt6iae d'un mal incurable et le prélude des pkis graves désordres. Ménageons les punitions; et si nous remarquons qu'elles commencent à ne- plus agir, suspendons-les pour un teai|ffîy laissons l'enfant à lui-même, disons-lui qu'il ne mérite ^us d'être puni ; attendons qu'une détente se produise, guettons un retour de bonne volonté, et au moindre indice favorable, revenons avec douceur et sans ranetine. Il s'établit parfois des luttes déplorables^ entre le maître et l'élève; on dirait un pari; c'est à qui restera le dernier mot; le maître redouble, accumule les puoitions, et l'élève les reçoit sans broncher, ou d^un air de raillerie et de défi. Si, au contraire, le mattre punit à froid, avec mesure, avec bienvetUanee, il évitera ces espèces de combats sin^ guliers^ d'où il ne sort pas toujours vainqueur, car l'eiLclusioii qui les termine communément n'est pas une victoire pour le maitre, c'est une défaite. Il est vaincu et bien vaincu, puisqu'il renonce à la lutte ; congédier son adversaire n'est pas triompher.

Il est plus facile de raccourcir la liste des punitions que de l'allonger, parce qu'on découvre plus aisément les inconvénients de celles qui sont en usage qu'on n'en découvre d'autres pour les remplacer. Cependant il faut bien se ré$ign^ à l'abandon des

moyens inutiles ou nuisibles. De ce nombre sont les pensums. Le pensum pur n*est qu'une forme adoucie du châtiment corporel, puisqu'il n'a d'autre efifet que de fatiguer la main et d'immobiliser le corps, sans profit pour l'esprit. Je me trompe, il n'y a pas seulement absence de profit, il y a dommage certain ; car le pensum a pour inévitable eff'et d'engendrer le dégoût de l'étude ; il est, par conséquent, nuisible au corps, nuisible à l'esprit. Qu'a-t-il donc pour lui? l'habitude et la commodité. Dieu sait si une habitude est facile à déraciner! Dans Findividu, c'est déjà une rude tâche, mais dans un corps nombreux et ancien, c'est une entreprise presque téméraire. L'habitude professionnelle tire du temps et du nombre une force de résistance invincible et une sorte de consécration. La commodité des pensums en explique aussi la persistance. Cela s'envoie, en passant, en courant, comme un projectile. « Un tel, dix fois la leçon à copier, » et le maître poursuit, sans plus s'inquiéter. Mais cette punition si chère à la routine est odieuse à l'enfant, et je suis persuadé que, si on lui laissait le choix entre une bonne paire de soufflets, voire quelque chose de plus, et un pensum à faire, plus d'une fois l'écolier tendrait la joue pour éviter le pensum.

Si le pensum est indestructible, du moins il est perfectible; d'interminable et d'abêtissant qu'il est pour ^'ordinaire, on peut le rendre intelligent et court. L'instituteur digne de ce nom saura le faire

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