‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 107 sur 159 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

toujrner au profit inteUectuel et moral de Fenfant par le choix du travail, et le mesurer non seulement à la gravité de la faute, mais aux forces de Fenfant et au temps dont il dispose. Le pensum doit être un devoir ordinaire par le sujet, extraordinaire seulement par le moment où il est fait, et le dernier des pensums, le plus machinal, la page d*écriture, doit encore servir à former la main, au lieu de la gâter.

Il y a un autre genre de punitions dont Fefficacité me parait douteuse, et qui n'est qu'une variété du châtiment corporel aggravé par une certaine souffrance morale ; ce sont les punitions humiliantes. De ce nombre est la mise & genoux.

Plus d'une fois, entrant dans une classe, j'y ai trouvé des enfants dans cette posture, et, instinctivement, je les ai relevés; j'éprouvaûs, à les voir, une mpression pénible, et je lisais dans leurs yeux des ^ntiments qu'il est dangereux d'éveiller. Si Fagenouillement n'est pas un acte d'humilité volontaire et d'un caractère religieux, il me semble une sorte de dégradation. L'enfant mis à genoux souffre dans son amour-propre, et les blessures de Famour-propre, les sunples piqûres sont singulièrement cuisantes et lentes à guérir. Ce genre de punition est-il au moins de nature à améliorer Fenfant? Je ne le crois pas. Il est à craindre au contraire qu'agenouillé par force, il ne se relève aigri et la rancune au cœur. La dignité est un sentiment à respecter, à ménager même dans Fenfant. On comprendrait, à la rigueur,

que le maître eût recours à cette peiae, exceptionnellement, et pour punir un orgueilleux; il y aurait au moins quelque rapport entre le défaut et la peine; mais certains maîtres en usent et en abusent à tout propos.

Le même sentiment, ou, si Ton veut, la même délicatesse me ferait jeter le bonnet d'âne aux orties. Si l'ancienneté suffisait à mériter le respect, il n*y aurait guère de coiffure plus digne de respect que ce bonnet traditionnel. Mais sans compter qu'il a cpififé bien des têtes qui n'avaient rien de Tâne, il ne s'accorde guère avec Tesprit nouveau qui anime et ennoblit la discipline scolaire. Son premier et immanquable effet, c'est de rendre le délinquant ridicule et d'amuser à ses dépens. Or, de deux choses l'une : ou l'écolier orné des longues oreilles prend luimême la chose en riant, le malin entre de bonne grâce dans son rôle, il partage l'hilarité qu'il cause^ et au besoin il la provoque et la réveille, et alors la peine tourne en plaisir et la punition en distraction ; ou l'enfant prend la chose au sérieux, il baisse la tète, il souffre, il est humilié; or ce sentiment amer de l'humiliation porte plus à la révolte qu'au repentir. J'admettrais plutôt qu^on infligeât cette punition à l'enfant qui aurait cherché à ridiculiser un de ses camarades; de la sorte il n'aurait aucun droit de se plaindre, souffrant ce qu'il afait souffrir, etla leçon pourrait être profitable.

Si l'enfant trouble 1^ classe, le mattre peut le

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