CHAPITRE XVI
placer debout, pendant quelques instants, au fond de la salle, là où, n'étant pas yu, il ne pourra ni gêner ni distraire. Cette punition, qui cesse dès que Tétourdi montre du repentir, est assez efficace sans être humiliante.
En dépit de l'axiome que nul n'est bon juge dans sa propre cause, il m'est arrivé d'inviter un enfant à fixer lui-même la punition qu'il croyait mériter. Tantôt l'enfant tout surpris hésitait comme devant un piège supposé et refusait de faire usage d'une liberté suspecte ; tantôt, après un moment d'hésitation, il en usait: mais, soit crainte de paraître trop indulgent pour lui-même et indigne de l'honneur qui lui était fait, soit memque de discernement, il se montrait plus sévère que je ne l'eusse été moi-même.
Cest là évidemment un moyen délicat, et auquel on ne peut recourir que de loin en loin et avec des enfants d'un jugement droit et d'un bon naturel; néanmoins, employé avec discrétion et avec tact, il est d' un grand effet sur l'enfant lui-même et sur ses camarades, car il prouve que l'élève et le maître sont au fond d'accord, et qu'ils jugent d'après une règle commune, et à peu de chose près de la même manière ; de plus il fait faire un pas dans cette voie d'émancipation progressive au terme de laquelle l'enfant est en état de se punir lui-même, c'est-à-dire de se conduire.
Une fois, pourtant, j'avfiûs mal placé ma confiance, et le délinquant, abusant de la liberté offerte, s'était
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infligé une peine si légère et si peu en rapport avec la faute commise, que la classe tout entière partit d'un grand éclat de rire. Je fis comme la classe, et une fois Taccès de rire passé : « Allons, dis-je à l'enfant, vous donnez raison au proverbe : Nul n'est bon juge dans sa propre cause ; et, à la façon dont ils ont accueilli votre sentence, vos camsirades ont prouvé qu'ils sont meilleurs juges que vous. Je vous dispense même du semblant de punition que vous vous êtes si judicieusement infligé; vous êtes assez puni sans l'être, asseyez-vous. » Le délinquant s'assit un peu confus.
On peut donc à l'occasion mettre à l'essai le jugement de l'enfant dans sa propre cause, et profiter de l'excès soit d'indulgence, soit de sévérité où il tombe, pour lui montrer, en ramenant la peine à sa véritable mesure, qu'il n'est pas mûr encore pour se gouverner lui-même.
C'est un grand point pour le maître, qu'il punisse ou qu'il récompense, d'avoir la classe de son côté. Un mouvement instinctif porte les enfants à prendre fait et cause pour leur camarade, et ce mouvement n'est pas mauvais en son principe ; il part d'un bon naturel, comme dit LaFontaine,puisquedans l'espèce de lutte qui s'engage entre le maître et l'enfant, ses camarades prennent parti pour le faible contre le fort. Cependant, quand lemattre a raison, quand les enfants ont senti la justice de la punition, quand ils en ont reconnu la nécessité, alors un revirement