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CHAPITRE XVI

3*opère dans leur esprit ; ils passent du côté du mattre, et le coupable reste seul. Cela se fait sans bruit, sans manifestation; mais si le mattre sait lire dans les yeux, s'il sait observer les contenances et saisir ces mouvemenls légers, ces frémissements presque insensibles, indices révélateurs de ce qui se passe dans les consciences, il sait bien vite aussi à quoi s'en tenir. Alors il est véritablement fort : le coupable ne résiste pas au maître derrière lequel il sent ses camarades, et cet accord, sur lequel il ne se méprend guère, le porte à réfléchir, à rentrer en lui-même, à s'avouer ses torts et à s'en corriger. Donnée dans ces conditions, une punition est toujours plus efBcace ; parfois elle devient inutile, et l'accord constaté équivaut à la punition, s'il ne vaut davantage.

Une faute est un effet; avant de punir, il faut, autant que possible, en rechercher la cause, car c'est la cause qui en fait la gravité, et si on ne la connaît, on punit en aveugle, sans mesure et sans proportion.

La plupart des enfants pèchent par légèreté, par étourderie, par entraînement. Comme en eux les sensations sont vives, la volonté faible et la prévoyance nulle, leurs fautes sont en général excusables et pardonnables. C'est leur raison qu'il faut fortifier, c'est l'habitude de la réflexion qu'il faut leur donner. Comme ils ne se rendent guère compte de ce qu'ils font et qu'ils n'en prévoient pas les suites, il est bon, avant de les punir, de faire un moment de silence, de les tenir en suspens, de prendre la faute

en elle-même, de la considérer d*une manière générale, d'en montrer et mieux d'en faire trouver le caractère, la portée, d*en éclaircir les conséquences. Alors la punition arrive comme une conclusion naturelle, et prend un caractère il'impersonnalité. L*enfant comprend qu'il est puni comme tout autre le serait à sa place, et par tout autre maître ; que c'est au mal qu*on en veut plutôt qu'à lui ; c'est la règle, c'est la loi morale qui l'atteint, et il se soumet plus volontiers, sans aigreur, sans rancune.

Cette sorte de généralisation dépouille la punition de ce qu'elle a d'irritant ; pendant qu'on parle du àiensonge, de la grossièreté, de la brutalité, l'enfant qui a donné lieu par sa conduite à cette petite digression morale, comprend bien qu'en somme c'est de lui qu'il s'agit, quoiqu'on se tienne dans la généralité; il est bien forcé de suivre les raisonnements dont il a fourni l'occasion, il voit venir la conclusion, qui, pour être retardée, n'en produit que plus d'effet.

De toute manière, il est bon, quand les circonstances le permettent, de suspendre la punition et de la faire attendre, ne fût-ce qu'un moment. Ce naô* ment d'attente et en quelque sorte de recueillement donne plus de poids à la petite sentence que le maître va prononcer, car ce dernier fait bien un peu office déjuge, et en justice il y a toujours un moment d'intervalle entre la clôture des débats et le prononcé du jugement. Le petit coupable sent bien

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