CHAPITRE XVn
donc, afin que cet idéal, bien qu'inaccessible, règle au moins la marche et la direction du progrès. Quel est donc cet idéal ?
Il n'est pas placé bien haut, ce semble, et nous n'ayons pas à faire un grand effort et à lever la tète pour l'apercevoir, nous n'avons au contrùre qu'à regarder à nos pieds. En voici les traits principaux. Je cite : « Le critérium qui sert aux hommes, en dernière analyse, à juger leur conduite, c'est le bonheur ou le malheur qu'elle produit. » (Voir page 127.) Ce qui revient à dire que ce sont les conséquences de nos actes qui en déterminent le caractère, ou «1 d autres termes que nos actes n'ont par eux-mêmes aucun caractère moral, et qu'il faut en. attendre et en connaître les suites pour se prononcer sur leur valeur. Ce n'est point là un principe nouveau, mais bien le plus dangereux des principes, ii l'on veut lui donner ce nom; en réalité, c'est une erreur mainte et mainte fois réfutée et qu'il ne suffit pas heureusement de reproduire sous une forme nouvelle pour en faire une vérité. Si un pareil principe pouvait être transformé en règle de conduite, il n'est pas d'acte répréhensible, coupable ou criminel qui ne trouvât son excuse dans une erreur de jugement ou un défaut de prévoyance. Sous sa forme bénigne et inoffensive, cette petite formule contient la ruine de la morale tout entière.
Autre trait : « Les réactions naturelles de nos actes sont les plus efficaces des leçons :» et ailleurs;
ut DE L'ÉDUCATION
« les réactionB accompagnées de peine sont toujours proportionnées aux transgressions. » Suivent des exemples tirés de Tenfant qui tombe on se brûle. Si la nature est intelligente, si elle se charge d'élever renfmit en lui faisant sentir les conséquences inévitables de ses actes irréfléchis ou autres, il ne nous resta plus qu'à nous en remettre à elle du soin de l'éducation et à la regarder faire. Mais il s'en faut que la nature ou les lois de la nature soient aussi douces et aussi équitables. Gardonsrno^ bûen d'un •excès de confiance. Si nous laissons à l'expérience le soin de corriger l'enfant, neuf fois sur dix elle ne le corrigera pas, elle le tuera. L'expérience n'a pas d'entrailles, l'expérience n'est pas une mère. Pour quelques épreuves inofi'ensives, eUe en a mille qui peuvent être mortelles. Et combien il s'en faut qus les réactions soient, comme le dit Spencer, propojv données aux transgressions I I^ moindre impru? dence, effet d'une ignorance inévitable dans l'enfant, peut causer la mort. Mortel aussi peut être l'accident le plus léger, le plus ordinaire. Sans ce premier &ge de la vie, où chaque pas est un danger^ où tant d'enfants succombent, victimes précisément de ^'inhumanité des choses, comment la vigilance inspirée par la tendresse maternelle, et l'expérience parfois chèrement acquise, pourraient-elles s'abste^;. nir ? La nature ne fait pas de différence entre rhomme et l'animal ; elle ne change pas en faveur ^ premier la redouj^le invariabiliié de ses lois;