CHAPITRE XVn
Ces systèmes, qui paraissent si simples, n*ont sou yent que la seule apparence de la simplicité ; cette apparence séduisante et trompeuse cache des lacunes nombreuses et des difficultés graves.
. Un autre avantage que Spencer attribue à son principe, c'est de substituer l'action impersonnelle de la nature à l'action personnelle des parents, par iBons^uent de prévenir d'un côté la colère, de l'autre la rancune, et d'améliorer par là même les relations de famille.
Je crois devoir faire remarquer que cette prétendue substitution est, sauf les cas d'accidents, plus apparente que réelle. Dans les exemples choisis par l'auteur lui-même et cités plus haut, ce n'est pas une volonté impersonnelle qui punit, c'est la volonté paternelle ; ce n'est pas la nature qui retient Fenfant à la maison et qui le prive de jeu, de jouets, de canif, de promenade, d'excursion, c'est le père, et, malgré le rapport sensible qui lie la peine à la faute, il y aurait quelque naïveté à croire que Fenfant puni va s'en prendre à la seule nature. Pour toute faute véritable, pour toute punition d'un caractère moral, mettre Fenfant en présence de la nature, comme le veut Spencer, est tout simplement ïmpossible ou parfaitement inutile, parce que la nature est absolument étrangère à la morale, elle Fîgnore et ne peut l'appliquer. Les lois de la nature traitent de la même manière tous les êtres, animés ou inanimés, raisonnables ou privés de raison ; le
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vent renverse rhomme comme il renverse Tarbre, le feu brûle l'enfant comme il brûle tout ce qui l'approche.
Si l'enfant laisse sésjouets en désordre, s'il casse oa perd un canif, s'il n'est pas prêt pour U promenade, s'il salit ou déchire son habit, le père intervient entre la nature, qui est et reste fort indifférente, et l'enfanta punir; c'est lui qui fait un choix plus ou moins judicieux de la peine, et l'enfant ne se méprend pas sur l'auteur de la punition. La nature n'agit que pour l'application des lois qui lui sQpt propres, c'est-à-dire des lois physiques. Les jouets sont restés par terre en vertu de la loi sur la pesanteur, le canif s'est cassé, l'habit s'est déchiré en vertu de la loi sur les forces, l'enfant a manqué sa promenade, parce que le temps ne s'arrête pas ; voilà la part de la nature ; le reste est le fait d'une volonté et d'une raison très personnelles. Il s'en faut donc que le père se borne, comme le dit Spencer, « à laisser la peine se produire par les voies naturelles » (page 142). Laisser l'enfant en présence de la nature ne servirait pas à grand'chose sans l'intervention active de la volonté paternelle. Il y a du reste dans tout l'exposé du système, sur le sens et la portée du mot nature, une sorte d'équivoque, que la suite fera mieux ressortir encore.
Jusqu'à présent du reste le système n'a été appliqué qu'à la punition de fautes légères et au développement de qualités secondaires, comme l'ordre.