CHAPITRE XVra
plus forts plus sacrés que ceux qui nouent le faisceau de la famille, et par suite, est-il des devoirs plus impérieux que ceux qui naissent de ces liens naturels? Elespectera-t-il les liens de convention, rhomme qui aura brisé ceux de la nature ? Remplira-t-il ses devoirs envers ses concitoyens, envers ses semblables, Fhomme qui se sera affranchi de ses devoirs envers sa famille? Défendra-t-il sa patrie, eelui qui abandonne une mère ? Sera-t-il bien sensible aux malheurs des autres celui qui reste indifférent aux souffrances de ses proches ?Fera-t-ii pour des étrangers ce qu'il ne fait pas pour son propre sang? Non, des époux infidèles, des pères égoïstes, des enfants ingrats, ne donneront pas, dans la vie, Texemple de la loyauté, du dévoûment, de la reconnaissance; cependant la société ne peut se passer de vertu.
C'est la famille qui est l'école de la vertu ; c'est là qu'elle se forme et s'éprouve; et l'accomplissement des devoirs que la famille impose est la condition et la garantie de l'accomplissement de tous les autres. Aussi n'est-ce pas seulement à l'enfant que nous devons songer, mais à la famille dont il n'est aujourd'hui qu'un membre et dont il sera un jour le chef. Faisons en sorte qu'il trouve à l'école les leçons et les exemples qui parfois lui manquent au foyer ; donnons-lui l'éducation pour qu'il puisse la. donner à son tour; élevons-le pour qu il devienne éducateur. Tournons fréquemment ses regards yera
Tavenir, plaçons-le en imagination dans le rôle qu'il aura à remplir. Les enfants sont appelés à être un jour pères de famille, ils auront à rendre le service qu'on leur rend aujourd'hui. S'ils n'ont pas d'enfants à eux, ils pourront avoir des enfants adop* tifs, ils auront des neveux, des nièces; beaucoup seront des patrons et devront faire de leurs apprentis non seulement de bons ouvriers, mais aussi d'honnêtes gens ; plusieurs seront instituteurs ; enfin de toute manière ils auront des conseils, des exemples à donner, ils devront contribuer en quelque manière à l'œuvre commune de l'éducation. Dès aigourd'hui ils ont des frères, des sœurs plus jeunes qu'eux, auxquels ils peuvent être utiles ou nuisibles selon qu'ils se conduisent bien ou mal. C'est en les entretenant dans ces pensées qu'on leur donnera dès Tenfance le souci de la dignité personnelle, et qu'on les pénétrera du sentiment d'une responsabilité morale qui va croissant avec les années. Ramenons donc sans cesse leur esprit vers ce foyer à la flamme duquel s'allument tous les nobles sentiments, qui éclaire l'enfant, qui anime l'homme fait et nourrit au cœur du vieillard un reste de chaleur.
De toutes les influences au milieu desquelles l'homme se développe, l'influence de la famille est incomparablement la plus puissante et la plus durable. C'est qu'elle saisit l'enfant dès sa naissance ou pour mieux dire dès le sein de sa mère ; c'est que d'abord elle agit au dedans de lui par cette mysté-