‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 123 sur 159 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

rieuse et redoutable vertu de l'hérédité morale, c'est qu'ensuite du dehors, elle renveloppe, elle le pénètre par une action lente et continue dans la suite de son long et insensible développement. La famille forme le premier fonds sur lequel les autres influences viennent successivement déposer des couches diverses; mais ces sous couches plus ou moins épaisses, plus ou moins résistantes et dont plusieurs s'usent, changent ou disparaissent, le fonds subsiste inaltérable, indestructible.

Après la famille vient l'école ; l'enfant lui arrive déjà imprégné des influences premières. Elle gfitrde bien l'enfant pendant le jour, mais le soir elle le rend à la maison qui ressaisit son empire et reprend son action. S'il y a désaccord entre l'école et la famille, si ces deux influences au lieu de s'unir et de se confondre, se séparent et se combattent, ce n'est pas l'école qui a le dessus dans cette lutte inégale, c'est la famille qui défait presque infailliblement l'œuvre de l'école, de telle sorte que ou elle est son meilleur auxiliaire ou elle devient son pire ennemi.

Et lorsque l'.enfant a quitté l'école, et il la quitte beaucoup trop tôt, au moment même où sa raison plus éclairée, sa volonté plus exercée assureraient aux leçons qu'il y reçoit une efficacité plus grande, la maison paternelle le reprend tout entier ou le livre, à peine moralement ébauché, aux dangers de l'apprentissage.

Ce qui fait la force de l'influence domesiique, ce

n'est pas seulement qu'elle a pour elle la priorité, la continuité et la durée, ce qui est beaucoup, mais qu'elle s'exerce pour ainsi dire sur les sens autant bue sur l'esprit; elle est moins un enseignement qu'un exemple permanent. C'est par l'imitation que se forme l'homme; il imite non seulement sans effort, mais par instinct et avec plaisir, et il imite le mal comme le bien, sinon mieux. Les parents n'ont qu'à faire et laisser faire ; l'enfant se forme à leur image. La leçon orale est forcément courte et intermittente, la leçon vivante est continuelle. Bien plus, s'il y a désaccord entre les deux, si les parents parlent bien et agissent mal, la première leçon est perdue, l'autre seule est suivie. Et la chose est -toute naturelle : en effet, l'enfant comprend instinctivement qu'il est plus aisé de bien dire que de bien faire, et de donner que de suivre un conseil ; il comprend aussi qu'on ne peut pas exiger d'un enfant plus que d'une grande personne; aussi le mal qu'il fait par imitation l«i paralt-il à bon droit excusable.

Ce qui contribue encore à l'efûcacité des exemples domestiques, c'est que même en des parents indignes l'enfant sent encore de l'affection, c'est qu'il aime et se sent aimé; or l'amour dispose à l'imitation; on n'imite pas ceux que l'on hait, puisqu'on ne veut à aucun prix leur ressembler. Quelle que soit parfois la brutalité des parents, quelque pénibles ou violentes que soient les scènes dont l'enfant est le témoin, c'est encore dans la famille qu'il se trouve le

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