‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 127 sur 159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

plus digne de tous et le plus désirable. Gomment, dira-t-on, vous allez parler à des bambins des de voirs de la paternité ? Je réponds : oui. Un labouleur apprend bien à son enfant à soigner, à atteler, à dételer les chevaux, il en fait de bonne heure un petit laboureur, qui sait dans quelle saison, par quel temps il faut fumer, semer, labourer, moissonner, battre, faucher, bref qui a déjà dans sa petite tête tout le train de la vie des champs, et qui au besoin pourrait mener la maison. Eh bien, ce que le père fait pour son métier de laboureur, nous pouvons le faire aussi pour le métier d'homme. Nous pouvons développer dans Tenfant les aptitudes morales qu'il exige, la prévoyance, l'économie, l'habitude de songer aux autres avant de songer à soi de se priver pour le plaisir des siens, de s'identifiei à eux, de vivre de leur vie, de souffrir, de jouir en eux, de se préserver ou de so corriger des défauts ou des vices qui seraient nuisibles ou funestes à la communauté, enfin d'envisager toujours, quoi qu'il fasse ou qu'il dise, les conséquences que peuvent entraîner pour la famille entière la conduite de son chef. Oui, on peut traiter les enfants en hommes, les pénétrer à l'avance de l'importance et de la dignité du rôle qui les attend, et les préparer ^ le bien remplir. Je sais qu'il y a là matière à plaisanteries, mais je sais aussi que la plaisanterie s'attaque à tout et volontiers aux choses les plus graves. Le mieux est dVn prendre son parti, et de pousser au but. Aussi

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bien les plaisanteries déplacées retombent parfois sur les plaisants ; etles vrais pères de famille ne riront pas.

Faisons donc vivre Tenfant en imagination dans l'avenir ; habttoon»-le à se mettre à la place de ses parents pour juger de ce point de vue ses actionsd^enfant* Cette habitude de se dédoubler, de sortir de soi-même, de se substituer mentalement aux autres, pour de là s'observer et apprécier sa propre conduite avec le jugement d'autrui, cette habîtude,^ dis-je, est assurément Tune des meiUem^es qu'on puisse contracter dès Tenfance.

Quand donc Tenfant a commis^ une faute, changeons pour un moment les rôles, ékrons-le à la dignité paternelle et qu'il se juge comme le ferait son père lui-même. De ce point de vue il comprendra mieux que lous ces bons sentiments qu'on cbercheà lui inspirer, affection, respect, dévoûment, toutes ces qualités qu'on s'efforce de cultiver en lui, docilité, franchise, amour du travail, ses parents seraient heureux de les trouver en lui, comme il sera lui-même heureux de les trouver plus tard dans ses proj^res enfants. Disons-lui que tout ce qu'il fait de bi«i el de bon dans l'école, tout ce qu'il y apprend lu» servira un jour à mieux remplir ses devirira de citoyen et de père; que, fortifié parla gymnastique, il supportera plus aisément les fatigues de la campagne ou de l'atelier ; que, façonné par les travaux manuels, éclairé par la science, il sera cultivateur plua habile, ouvrier plus adroit, qu'il gagnera de meilleurs

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