‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 128 sur 159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

salaires, qu'il fera produire dayantage à sa terre, et pourra ainsi nourrir plus aisément sa famille, et par ses économies lui constituer un capital. Disons-lui que chaque génération est un intermédiaire entre celle qui la précède et celle qui la suit, qu'elle reçoit de Tune le trésor commun de l'éducation pour le transm^tre à l'autre enrichi par ses soins ; que ce qu'il amasse aujourd'hui sera le patrimoine de ses propres enfants; que, grâce au savoir qu'il aura acquis, il pourra les instruire à son tour, les suivre les aider dans leurs études, s'intéresser à leun travaux, juger et apprécier leurs efforts et leurs progrès. Montrons-leur le père assis le soir à la table de famille, entouré de ses enfants, s'enquérant de ce qu'ils ont fait ou lu pendant le jour, réveillant ses propres souvenirs à leurs petits récits, heureux de voir leur esprit s'ouvrir, leur mémoire se meubler, leur jugement s'affermir, compliquant, racontant, complétant, tirant de son propre fonds et de l'expérience de la vie les développements et les applications, en un mot achevant l'œuvre commencée par le maître. Quelle différence entre ces repas ennoblis par d'utiles causeries et ces repas tantôt muets et tristes, et tantôt affadi» par des banalités, ou assaisonnés par la médisance I

Il travaille bien mieux, avec plus de plaisir et de profit l'enfant qui travaille pour être agréable à ses parents, suivant en cela l'exemple de ses parents, qui eux aussi travaillent pour le bonheurde leurs enfants ;

et les parents eux-mêmes, combien plus aisément ne ] portent-ils pas le poids des durs travaux et des I longues fatigues, quand ils voient que leurs enfants comprennent et sentent leurs sacrifices et leur en témoignent de la reconnaissance I L*enfant grandit en dignité par la part qu'il prend au travail commun ; il est alors bien réellement de la famille, il ne reçoit pas sans retour, il paye son écot, il contribue au bonheur -des autres, il resserre l'union des siens, il éclaire l'avenir d'une douce lumière, il s'habitue par degrés à remplacer son père dans ce rôle si noble ^t si touchant de protecteur et d'éducateur.

Le mattre doit donc diriger en ce sens toutes les pensées de l'enfant, l'engager à rendre à ses parents mille petits services, et faire tourner au profit de la famille le savoir acquis à l'école. Il ne s'agit pas bien entendu de le pousser à quitter l'école avant l'heure pour entrer en apprentissage ou vaquer aux travaux des champs ; ce serait sacrifier l'avenir au présent, et un intérêt capital à un minime intérêt. Hais par les services chaque jour plus nombreux et plus intelligents que l'enfant pourra rendre au père dans ses moments de liberté, il lui fera mieux comprendre combien il importe de le laisser jouir d'une éducation si féconde.

Que le maître s'enquière du métier et de la profession qu'exercent les parents et qu'il montre à l'enfant comment il peut se rendre utile, qu'il lui en suggère les moyens, qu'il les cherche de concert avec

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