CHAPITRE Xn
lui; il ménagera ainsi aux parents des surprises agréables et s'en fera d'utiles auxiliaires. Si le père est boutiquier, commerçant, l'enfant peut lui offrir de tenir le livre de comptes, de faire des factures, d'écrire des lettres ; s'il est ouvrier, de lui dessiner un outil, un meuble, de lui dégrossir une planche, un morceau de fer; s'il est cultivateur, de lui mesurer un champ, une prairie ; il peut demander au mattre de lui enseigner ce qui a rapport au métier de son père afin de pouvoir l'aider, s'entretenir avec lui, s'intéresser à ses travaux. Le soir, à la veillée, il peut oBtir de lire à haute voix quelque livre intéressant prêté par l'école, ou raconter quelque belle histoire, on, dans l'occasion, chanter quelque beau chani moral ou patriotique. S'il trouve le moyen d'être utile à ses parents eux-mêmes, à combien plus forte raison pourra-t-il l'être à ses frères et sœurs, surtout quand ils sont plus jeunes que lui I
Cette utilisation des aptitudes de l'enfant, de ses premières connaissances, de ses goûts naissants, au profit de la famille, outre la satisfaction qu'elle procure aux parents, est assurément une des meilleures préparations à la vie en général, et en particulier à l'accomplissement des devoirs de la paternité.
Pour les filles, l'action de la maîtresse, sans être inutile, est beaucoup moins nécessaire. En elles la voix de la nature parle plus haut, l'instinct domestique s'éveille plus tôt. De bonne heure elles se créent
une petite famille à côté de la grande, elles font les petites mamans, elles habillent, elles soignent leur» poupées, elles remplissent envers elles les devoîrsr d'une maternité imaginaire, et préludent par une imitation instinctive à Taccomplissem^t des devoir» de la maternité véritable.
De ce qu'elles entrent naturellement dan» leur rôle, ce n'est pas une raison pour les abandonnep à elles-mêmes, et laisser agir la nature toute seule. D'abord, il en est dont Tesprit prend de bonne heure une autre voie ; il en est en qui Finstinct est faible, il en est qui s'arrêtent à la poupée et qu'il faut aîd^r à passer du jeu au sérieux de la vie ; il en est en qui Vétude elle-même, s'y l'on n'y prend garde, étouffe l'instinct domestique. Il faut le dire, dans beaucoup d'écoles, surtout d'écoles urbaines, les institutrices se bornent trop exclusivement à enseigner ; elles s'enferment dans les programmes et ne regardent pas assez du côté delà vie réelle; elles sont trop maitresses et pas assez maternelles ; elles ne considèrent l'instruction qu'en elle-même, et pas assez dans ses applications ; leur horizon est formé par l'eneehite de l'école et leur vue ne s'étend pas au delà, elles ne voient dans leurs élèves que de§ écolières et non de futures ménagères et de futures mères de famille; leur enseignement a quelque chose de théorique et d'abstrait, au lieu d'être approprié à la condition, h la destinée de la femme ; et cependant ce n'est pas pour le présent au'elles enseignent* ce n'est pas peur