CHAPITRE XX 3 li
mais instructive. Rome fut d'abord une pionarchie, puis une aristocratie qui s'appelait république, mais n'en avait que le nom. Les patriciens possédaient tout. Pendant quatre siècles, les plébéiens luttèrent sans trêve et conquirent un à un tous les droit» civils et politiques. Une fois en possession de ces^ droits, ils s'aperçurent qu'ils s'étaient mépris sur leur efficacité, et que, s'ils avaient gagné en dignité et en pouvoir, ils n'avaient pas gagné en fortune; grande fut la déception. Ils crurent avoir lâché la proie pour l'ombre. Dès lors leur programme^ politique se réduisit à un seul point, le partage des terres, et malgré. des luttes terribles, n'ayant pu^ l'obtenir, ils finirent par se donner un maître qui,, à défaut de terres, leur assura du moins le pain et le théâtre, panem et circenses,
La méprise des plébéiens de Rome ne leur est point particulière ; le peuple en général, faute d'éducation politique, est porté à s'exagérer la vertu des droits politiques, et à croire qu'en l'élevant à la dignité de citoyen, ils lui donneront par surcroît la fortune. C'est cette erreur, suivie d'inévitables déceptions, ce sont les colères qu'elles alla* ment, qui engendrent toutes ces sectes, qui sous les noms divers de socialistes, anarchistes, collectivistes et autres, poursuivent en réalité le même but, c'est-à-dirp le partage de la richesse publique et privée ; ces sectes seraient disposées à accepter un maître, quel qu'il fût, pourvu qu'il leur assurât le-
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partage; ce sont elles qui par la terreu:: qu'elles inspirent, ont relevé le second Empire, perdu la liberté et failli perdre la patrie. Du reste telle est la force démoralisatrice de ces théories insensées, qu'elles en arrivent rapidement à la justification, et même à la glorification des crimes les plus odieux, des attentats les plus horribles, et à la négation, à la répudiation de la patrie elle-même. Elles ne voient dans la possession des droits et de la liberté politiques qu'une immense mystification, et concluent à l'anéantissement d'une société qui, les faisant libres, les a laissées pauvres.
Heureusement la société française n'est pas la société romaine. Chez nous le travail des mains est eo honneur ; à Rome le citoyen ne travaillait pets, et le seul moyen de s'enrichir était le partage des terres conquises et l'acquisition des esclaves qui les cultivaient. Gr&ce à la Révolution française qui a multiplié le nombre des propriétaires, gr&ce à la liberté du commerce et de l'industrie, le citoyen laborieux, économe, peut arriver sinon à la fortune, au moins à Taisance, et la société peut se défendre victorieusement contre les entreprises renaissantes des forcenés qui la menacent.
Ce n'en est pas moins un devoir impérieux pour l'éducation de s'attacher à faire la lumière, la pleine lumière autour de ces mots décevants de liberté et d'égalité, d'en montrer le véritable sens, la véritable portée ; de faire bien comprendre que la liberté