CHAPITRE XI rSl
juger, c^est la justice. Oh I sons ce rapport, ils sont sévères et ils ont raison de Tètre. Malheur au maître qui a deux poids et deux mesures 1^ eût-il toutes les autres qualités, il sera pesé dans la balance et trouvé léger. Et si le maître n'est pas consciencieux, s'il ne prépare pas sa classe, s'il ne corrige pas les devoirs on s'il les corrige mal, s'il ne s'intéresse pas à son enseignement, au progrès de ses élèves, qu'il ne se flatte pas dé tromper leur clairvoyance, il sera jugé et condamné. Mais aussi un mattre juste et consciencieux peut impunément être sévère ; non seulement les enfants lui pardonneront sa sévérité, ils l'aimeront par surcroit. Il faut les entendre quand ibMsont entre eux et qu'ils dissertent gravement sur nos qualités et nos défauts, sur nos torti^ et sur nos travers I Comme ils nous détaillent, comme ils nous épluchent I ils nous corrigent comme nous faisons leurs devoirs; ils nous donnent des notes et des places; c'est toute une petite revanche*
Si les enfants peuvent juger leurs maîtres, à plus forte raison peuvent-ils se juger les uns les autres, et ils s'y entendent fort bien, non qu'ils soient de justes appréciateurs en toute occasion et de tout genre de mérite, ou qu'ils soient assez sévères pour certains défauts ; mais dans l'ensemble ils ne se trompent pas beaucoup plus sur le compte de leurs camarades que sur celui de leurs maîtres. Grands admirateurs de la force, de la hardiesse, de l'adresse, ils sont impitoyables pour la vanité, pour l'orgueil, pour la
déloyauté. Leur vocabulaire d'écoliers est riche en termes expressifs pour qualifier ces défauts. Ils ont même leur justice, leurs tribunaux, leur code pénal ; il n'est pas rare de voir un écolier frappé d'ostracisme pour avoir commis quelque grave infraction aux lois de l'honneur. On peut donc dans l'occasion mettre à l'essai leur jugement, et tantôt leur déférer un coupable, en les chargeant de prononcer la sentence, sauf à se réserver l'appel et le droit de gr&ce, tantôt leur soumettre un trait de politesse, de complaisance, d'honnêteté, de bonté, ou même l'ensemble d'une conduite, les inviter à proposer une récompense,sauf à en montrer l'insuffisance ou l'exagération, et à tout ramener à la vraie mesure. Lorsqu'on leur raconte une histoire, une fable, une anecdote, on ne manque jamais de leur demander quel est le personnage qui a tort, quel est celui qui a raison, quel est le coupable et quel est l'innocent; pourquoi n'en userait-on pas avec eux comme avec ces personnages et ne les habituerait* on pas à porter des jugements les uns sur les autres? Mais, dira-t-on, on court grand risque de semer la discorde sur les bancs de l'école et de provoquer des disputes, des querelles, voire des haines et des batailles. Je conviens que cette participation des élèves à l'appréciation mutuelle de leur conduite demande du tact et del'à-propos, qu'il serait imprudent d'en user dans les cas douteux ou difficileset qu'il ne faut y recourir que lorsqu'on est sûr d avoir pour soi la presque unanimité. Alors
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ledanger disparaît etreffet est certain; carunerécom. ]>6ii8e ainsi décernée au nom de tous a on bien autre prix, comme le blâme infligé a un bien autre effet.
Il va sans dire que la part faite aux enfants dans l'appréciation de leur conduite et de leur caractère doit être proportionnée à leur ≥ en cela, comme en toute chose» il 7 a i trouver le point de maturité et à suivre une gradation réglée sur le développement moral de Tenfance.
Ce qui importe, c'est de tourner de bonne heure en ce sens l'esprit des enfants, c'est, une fois cette direction prise, de ne plus souffrir qu'ils s'en écartent ; ce qui importe» c'est de les habituer de bonne heure et pour la vie à priser par-dessus tout les qualités du cœur, de la conduite et' du caractère. U faut aussi et surtout leur faire sen tir et comprendre l'importance de la probité, non seulement dans la vie privée, mais aussi et surtout dans la vie publique ; il faut leur apprendre que les ressources des communes, des départements, du pays, sont entre les mains des conseillers communaux, des conseillers généraux et des députés, et que, par suite, les électeurs, dans leur choix, doivent avant tout se préoccuper et s'enquérir de la valeur morale des candidats. Lorsqu*un particulier veut placer un dépôt, il ne le jette pas dans les premières mains qu'il rencontre et qui se tendent vers lui j à combien plus forte raison fautil y regarder de près quand il s'agit des deniers publics et du patrimoine commun.
Dans une maison de connnerce, dans une-admhris* tration, avant de prendre un contmis, un omidoyé» un caissier, on se renseigne, on va aux informations ; combien l'enquête serdt plus^- nécessaire encore lorsqu'il s'agit de placer un candidat dans un conseil ou dans une assemblée 1 La moralité privée est le gage de la moralité publique, et la valeur professionnelle une garantie d'<aptitude politique; car la politique demande sans doute de l'instruction et des lumières^ mais die exige surtout de l'honnêteté et du bon sens. Ce n'est donc pas à des hommes- de mœurs dissolues ou rel&chées, de situations irrégulières, ce n'est pas non plus à ceux qui ont échové ■dans l'exercice de leur profession ou qui n'en ont aucune, qu'il faut confier le dépôt de la fortune publique et le soin des affaires. Pour la sécurité du pays, pour l'honneur du suffrage, pour l'avenir de nos institutions, les élus doivent étire exempts de reproche, au-dessus du soupçon et en possession de Testime et du respect de tous.
Formés par ces leçons, nos enfants, devenus citoyens, seront plus prudents et plus scrupuleux dans leurs choix ; ils auront un sentiment plus vif de leur responsabilité et une intelligence plus nette de leurs devoirs ; ils jugeront les candidats non plu» sur leurs déclarations et lem*8 promesses, mais sur leurs actes et leur passé, et, avant de jeter un nom -dans lurne, ils voudront s'assurer que ce nom est sans tache.