CHAPITRE XXI
un mot suffisent, jetés comme par hasard dans le courant de la leçon.
Renseignement littéraire est par sa nature essentiellement moral. La littérature, c'est Fétude^de rhomme, c'est Thomme même ; la nature ne nous offre que le thé&tre et la scène; elle ne nous intéresse guère que par ses rapports avec Thomme ; tout Tintérèt se porte sur les acteurs et sur le drame, c'està-dire sur la vie humaine. Or la vie de l'homme n*est qu'une suite d'actions, rarement indifférentes, presque toujours bonnes ou mauvaises, c'est la lutte éternelle du bien contre le mal, du devoir contre la passion; la morale en fait donc le fond et comme la substance. Il n'y a pas à la chercher, elle s'offre d'elle-même, ou, pour mieux dire, elle s'impose. Je ne parle pas de cette littérature qui voit dans l'homme non pas même un animal raisonnable, mais simplement un animal; cette littérature-là, si elle convient à certains hommes, n'est pas faite à coup sûr pour l'enfance et pour l'éducation.
Autre est le caractère de l'enseignement scientifique; comme il a pour objet les êtres inanimés ou privés de raison, les phénomènes et les abstractions, la morale ne s'y trouve pour ainsi dire qu'à l'état latent ou diffus, dans les lois mêmes que les sciences découvrent, exposent et appliquent et dont la constance et l'harmonie révèlent une intelligence souveraine. Elle se retrouve aussi dans les considérations auxquelles peuvent donner lieu, la naissance, le dé-
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veloppement des sciences, leur utilité, leur passé, leur avenir, les dévoûments qu'elles engendrent, les bienfaits qu'elles répandent, les obstacles qu'elles ont rencontrés et surmontés, leurs luttes, leurs progrès, leurs triomphes. Il ne faut donc pas mêler indiscrètement et inopportunément la morale à l'enseignement scientifique; c'est seulement de loin en loin, quand on s'arrête pour reprendre haleine, -quawd on se retourne pour mesurer l'espace par* -couru , quand on embrassedans cetteyue rétrospective une portion importante de la science enseignée, qu'on peut s'élever à des considérations générales» ^ moins que tel phénomène, telle loi, tel fait, par son caractère particulier, par les souvenirs qu'il réveille, ne provoque en quelque sorte une digression morale et une leçon d'éducation.
Une merveilleuse éducatrice, c'est la poésie ; eUe dépose dans les âmes des germes de vertu qu'amollissent et fécondent les larmes de Témôtion et de l'admiration ; les beaux vers, ceux qui sont remplis de grandes pensées, de sentiments sublimes, entrent dans l'âme jusqu'au fond, ils n'en sortent plus; et ne croyez pas qu'ils y restent inertes et stériles; ib assainissent l'âme, ils l'ennoblissent, et leur présence active s'y révèle dans l'occasion par des élans inattendus.
L^ poésie apparaît trop rarement dans renseigne*ment primaire et c'est une des causes de sa sécheresse €l du terre-à-t€rre auquel il semble condamné. Quel-
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ques fables apprises par cœur, quelques meaus morceaux, souvent mal choisis, et c*est tout. N'est- .ce pas un tort fait au peuple, un yéritable dommage moral, que ^tte parcimonie avec laquelle on lui mestire un cordial puissant et généreux ?
Le peuple est sensible à la poésie; les beautés de la nature le touchent, les grandes infortunes Ter meurent, les grandes vérités le saisissent, le dévoûment, Théroïsme le transportent.
La poésie, la vraie poésie, est une élévation de i^àme; elle n'est pas seulement agréable au peuple, eile lui est particulièrement bonne et salutaire; il en ad'autant plus besoin, que ses travaux étant presque tout matériels tendent à le matérialiser lui-même, que la lutte pour Fexistence engendre une lassitude à la fois morale et physique, que le rude frottement dû la réalité durcit peu à peu le coeur, qu'à force de peiner et de souffrir on finit par ne plus voir dans la vie qu'un ensemble de nécessités douloureuses et de réalités triviales. Il faut donc lui préparer une échappée vers les hauteurs, lui donner le goût et le besoindecesfuites versPidéal, lui ménager enfin au milieu dss labeurs ces haltes réparatrices et rafraîchissantes d'où Ton redescend meillemret r^rempé. II faut surtout prendre les devants, occuper T&me de Tenfant, la mimir de sentiments nobles» qui s<»ent pour l'avenir un préservatif et une garantie de santé morale; il faut, par ces temps de plate et èfasse littérature, tenir l'esprit des enfants à une
certaine hauteur, là où Taîr est pur et vivifiant.
De tous les exercices scolaires, le plus utile au point de vue moral, c'est l'exercice de style ou composition. D'abord par cela même qu'il force Tenfant à réfléchir, à trouver, à choisir, à ranger ses idées, et par suite à les comparer entre elles et à se rendre compte de leur valeur relative,il constituela meilleure préparation à la vie morale, à l'accomplissement de l'acte moral par excellence et par essence, c'est-à-dire à Tacte volontaire. En effet, accompli dans des conditions normales, l'acte volontaire implique une revue et un examen comparatif des motifs et des mobiles qui sollicitent la volonté, examen sans lequel la détermination n^est qu'un acte plus spontané que réfléchi, et parfois l'effet d'une surprise ou d'un entraînement. Or, le travail de la composition n*est lui-même qu'une série de menus actes volontaires, un choix attentif entre les idées qui se présentent à l'esprit, qui le sollicitent et l'assiègent au fur et à mesure qu'il avance dans le développement d'un sujet.
De plus, en le forçant à embrasser des séries d'idées, à en rechercher le lien, l'enchaînement, tantôt à se porter en avant pour éclairer sa marche et la diriger vers un but marqué, tantôt à se reporter en arrière pour s'assurer que la direction a été bien prise et le chemin bien tracé, en le forçant à voir d'ensemble un principe avec ses conséquences, un tout avec son commencement, son milieu et sa fin«