‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 147 sur 159 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

de toute recherche et de tout eÊfort, lorsque ensuite on se borne à lire d'une voix indifférente et monotone un corrigé tout fait qu'on n*a pas même lu par avance, que peut être la correction, sinon ce qu'elle est en effet, c'ést-à-dîre un exercice aride et sec, presque purement' grammatical ?' Le maître prend une copie, se traîne de phrase en phrase, ici posafït une virgule, là reboutant un membre boiteux, ressassant quelque règle de la syntaxe, prononçant cesjugementsmonosyllabiquesf ces bieifei ces 192a// suprême effort d'une critique improvisée et vraiment puérile.

Mais si l'instituteur a choisi son sujet, poussé par quelque préférence instinctive ou par quelque intention arrêtée, s'il s'est bien rendu compte du parti qu'il en peut tirer, s'il l'a fécondé par un peu de réflexion, s'il s'est remué et échauffé l'esprit, et 8î, avant d'entrer dans le menu détail de la correction individuelle, il développe le sujet de vive voix et parle d'abondance, oh ! alors il verra les ordlles se dresser, les yeux briller, il entendra le silence del'attention, il sentira se former ces courants électriques qui mettent l'âme de celui qui parle en communication avec les âmes des auditeurs, il sera suivi, soutenu, porté ; la chaleur de la parole, le mouvement d'un esprit déjà entraîné, les regards et les mouvements du petit auditoire feront jaillir dés idées nouvelles qui viendront se ni^er aux idées déjà recueillies et disposées, il se sentira convaincu

et il trouvera Taccent de la conviction, il se sentira ému et saura émouvoir, et il conduira et il façonnera à son gré toutes ces petites âmes charmées. Il est mattre dans toute la force du terme, celui qui sait parler, non pas pérorer ou déclamer ou réciter, mais simplement exprimer ses pensées à lui et les sentiments de son propre cœur.

Il y a un instrument d'éducation trop négligé dans nos écoles et qui cependant par sa forme et sa nature me semble tout à fait approprié à l'enseignement primaire; c'est le proverbe.

Le proverbe contient la morale condensée sous un petit volume ; c'est une sorte de monnaie courante et qui a cours en tout pays ; il y a bien quelques pièces fausses, mais elles sont faciles à reconnaître; dans les autres on trouve bien un peu d'alliage, mais l'or y domine. Grâce à son exiguïté, le proverbe pénètre partout ; grâce à son tour net, vif, précis, il se loge aisément dans les mémoires et s'yconservesans altération. C'est sous cette forme brève, sonore, colorée, figurée, que le bon sens arrive d'abord à Toreille et à l'esprit de l'enfant du peuple. Rare dans les maisons somptueuses, le proverbe court la rue, il court les champs; il habite la mansarde, l'atelier, la chaumière; il est dans l'air. Deux hommes se rencontrent, en passant, ils échangent un proverbe sur le temps, sur la saison, sur leurs travaux, sur tout. Le proverbe est sur les lèvres de la nourrice, il sort souvent de la bouche

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