CHAPITRE XXI
des vieillards, lié aux souvenirs du passé comme aux sensations de Theure présente, prologue ou conclusion de leurs longs récits.
Les proverbes sont comme des points clairsemés et détachés, sur lesquels Taccord se fait entre les esprits les plus divers, et où se reconnaît et se retrouve lunité de la raison humaine, au milieu de l'infinie variété des jugements. Pour les enfants qui n'ont qu'un aperçu de la vie, le proverbe n*est qu'à demi clair ; ils le répètent longtemps avant de le bien comprendre. A l'école, c'est un excellent exercice oral ou écrit ; soit que, la plume à la main, à tête reposée, faisant appel à sa précoce expérience, Tenfant cherche la solution de ce petit problème, 8oitque, proposé à la classe entière, le proverbe mette en mouvement tous les esprits, provoquant les efforts, exerçant la sagacité, piquant la curiosité comme une énigme. Le proverbe ne contient pas toujours une morale très pure, mais beaucoup de cette morale qu'on appelle vulgaire, c'est-à-dire un peu suspecte, douteuse et presque toujours mêlée d'une forte dose d'égoïsme. C'est affaire au maître d'y regarder de près, et de faire toucher du doigt la différence et l'écart entre la morale courante et la morale véritable.
Indépendamment de ceux qui ont cours par tout pays, il y a les proverbes du cru, qui ont trait aux mœurs locales ; ceux-là aussi ont leur saveur et leur prix; l'instituteur fera bien de ne pas les dédaigner,
de recueillir tous ceux qui sont à la portée de l'enfant; il puisera dans ce recueil à Toccasion ; le train de la vie scolaire lui fournira plus d'une occasion de les apidiquer et par conséquent de les mieux faire comprendre.
L'enseignement de la grammaire et de la langue parait au premier abord entièrement étranger à la morale ; il peut cependant de temps à autre suggérer des réflexions propres à relever cette étude, à stimuler le zèle des enfants et à leur inspirer de nobles sentiments. Pourquoi en effet ne leur ferait-on pas remarquer que dans la grammaire comme dans la vie tout est soumis à des règles qu'on doit apprendre et observer; qu'il ne faut faire de solecismes ni dans le langage ni surtout dans la conduite ; (1) qu'un Français doit tenir honneur de bien parler la langue française, que le patriotisme lui en fait un devoir, et qu'il est honteux de se trouver sous ce rapport au-dessous d'un étranger ; qu'illustrée par d'innombrables chefs-d'œuvre on doit la respecter et ne pas la salir en y mêlant des termes grossiers ou abjects. Pourquoi ne leur dirait-on pas, qu'elle est le fruit d'un long travail des siècles l'œuvre du
Le moindre solécisme en parlant vous irrite,
Mais vous en faites, vous, d^étranges en conduite (D.
(1) Les t^TMMt savantes. Acte U, scôaevn.
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peuple tout entier, et par suite un bien commun sur lequel on doit veiller avec un soin jaloux ; qu'elle aies qualités de notre race, la vivacité, la clarté, la franchise, qu'elle est universellement parlée et .goûtée, qu'elle a été choisie entre toutes comme rinstrumecit diplomatique par excell^ice, et que Botre devoir est de la maintenir À son rang et de la propager; que, lorsqu'on s^dt bien sa langue, on apprend plus aisément les autres, parce que toutes les langues ont entre elles des rapports sensibles et quelquefois des ressemblances frappantes, qu'on y trouve les mêmes éléments et les mêmes lois, la nature et l'esprit étant partout les mêmes ; enfin qu'aujourd'hui plus que jamais l'on doit tenir À bien parler, à bien écrire sa langue, puisque sous un régime de liberté et de suffrage, il n'est pas un citoyen, si humble que soit sa condition, qui ne puisse être appelé à prendre la parole ou la plume soit dans un conseil communal, soit dans une société ée bienfaisance ou autre, doit <kas une réunion politique, et que le plus sûr moyen de faire prévaloir ses idées est encore de les bien exprimer.
Ainsi, sans vouloir à tout prix moraliser cet enseignement, on peut en dégager quebjues idées qui Féekirent et le dominent. J'ajouterai que dans le choix des exemples cités à irsq)pui des < règles, exemples qu'oni imprime dans les jeunes mémoires, on devrait donner la préférence' aux maximes, aux. s^atttftces, aux pioverl^es, aux ver^quirenfernient
de bonnes et belles vérités, de bons et beaux sentiments.
De toutes les ressources mises au service de Féducateur, il n'en est pas de plus précieuse, de plus abondante, de plus variée que la lecture. G*est un trésor inépuisable et toujours ouvert, où Ton peut prendre à son heure, à son gré, parmi toutes les richesses du monde. Si le mattre a un avertissement à donner, un reproche à faire, un éloge à décerner, il peut totgours choisir une lecture qui réponde aux besoins du moment. Qu'il veuille corriger tel ou tel défaut, encourager telle ou telle qualité, inspirer tel ou tel sentiment, il trouvera toujours une page de prose, un morceau de poésie, pour amener ou appuyer ses leçons, pour leur donner plus de poids et d'intérêt. La lecture à haute voix, faite et commentée par le mattre, est de toutes la plus féconde ; mais il faut qu'elle soit préparée, et malheureusement les instituteurs se dispensent ou croient pouvoir se dispenser de la préparation. Par excès de confiance en eux-mêmes, ou par ignorance des difficultés qu'offre cet exercice facile en apparence, ils s'aventurent dans un texte inconnu, et se trouvent impuissants soit à le faire goûter p€tr le charme du débit, soit à le faire comprendre par la clarté du commentaire.
Lire, après avoir lu, est déjà un art difficile; mais lire à livre ouvert, déclliffrer, comme disent les musiciens, est un talent rare, très rare. U suppose.