‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 149 sur 159 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

en effet, tout un ensemble de qualités distinguées, une grande vivacité d'esprit, une grande souplesse d'organe, et presque de la divination ; car de même que Torateur qui improvise doit songer à la fois et à ce qu'il dit et à ce qu*il va dire, ainsi le lecteur qui déchiffre doit voir d'un coup d'œil et ce qu'il lit et ce qu'il va lire. Il doit, pour éviter les hésitations, les surprises, pour ne pas broncher, fauss er ou dé toner, il doit toujours jeter les yeux en avant et éclairer sa marche.

Une lecture est comme l'exécution d'un morceau de musique ; suivant la valeur de l'exécutant et, il faut bien le dire aussi, de l'instrument, c'est un régal ou un supplice. Mal lire ou jouer faux, c'est tout un.

Il y a un joli proverbe italien sur les traducteurs, traduitorBy traditore; traduire, c'est trahir. Le mot peut s'appliquer à la plupart des lecteurs; leur lecture n'est pas une traduction , c'est une trahison.

Mais co n'est pas seulement en lisant lui-même que l'instituteur peut être utile aux enfants, c'est en les faisant lire, c'est surtout en leur donnant le goût de la lecture et des bonnes lectures. Chercher des hvres qui soient en rapport avec leur âge, avec la nature de leur esprit et de leur caractère, avec le degré et les besoins de leur culture morale, quel service à leur rendre! Les livres ne manquent pas, car jamais on n'a plus et mieux écrit pour l'enfance; née d'hier, cette littérature est déjà riche et variée.

LHnstituteur qui se composerait une bibliothèque d'éducation, qui prendrait la peine de suiyre les enfonts dans leur développement moral, de former des séries d*ouyrages correspondant aux phases diverses de ce développement, celui-là réussirait non seulement à préserver l'enfant des dangerè qui le menacent dans le présent, mais à le prémunir contre les dangers de Tavenir.

On a souvent appelé l'histoire la leçon des peuples et des rois ; elle est aussi une source abondante de leçons pour les particuliers, et un précieux auxiliaire de l'éducation.

C'est là, ce semble, une vérité banale ; et cependant à la façon dont Thistoire s'enseigne* encore, on ne se douterait guère qu'elle soit si riche en enseignements. Presque partout, c'est la mémoire du maître qui parle et qui s adresse à la mémoire de l'élève; des deux côtés, le jugement reste inactif.

L'abrégé fait tous les frais de cet enseignement, et un abrégé que l'on abrège encore et que l'on réduit à de maigres arbres généalogiques et à d'arides tableaux chronologiques ; ce sont des défilés de noms propres, des paquets de faits tout secs, liés avec des dates ; c'est l'histoire à l'état de squelette, sads chair, ni sang, ni vie. Cependant l'histoire n'est intéressante qu'à la jcondition d'être vivante et présentée sous forme de portraits, de tableaux, de récits; alors elle prend tout l'attrait d'un roman épique à graudes aventures,. à grands pefsonaages; au lieu

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