‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 150 sur 159 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

d*ètre un fardeau pour la mémoire, elle devient un aliment pour l'esprit, un stimulant pour Timagination, un exercice pour le jugement.

En effet, l'histoire n'est qu'une série d'actes individuels ou collectifs dont chacun peut servir à provoquer la réflexion. Si on les laisse passer comme dans un long défilé, ce mouvement unifbrme et continu, cette succession monotone et ininterrompue, ne laissent dans l'esprit qu'alourdissement, fatigue et confusion; il faut ralentir et parfois suspendre cette marche, arrêter les personnages et se donner le temps de les voir, de les entendre, de les juger

Tant que le maître n'est pas arrivé à l'âme, qu'il n'a pas réussi à faire naître ces sentiments de haine ou d'amour, d'admiration ou de mépris qu'éveille la représentation d'un drame, il n'a pas pénétré assez avant dans l'histoire, il ne l'a pas fait revivre, il n'a fait mouvoir que des noms, des formes vides et non des hommes. C'est l'être responsable qu'il faut atteindre, parce que c'est de la conscience que découle l'intérêt, et que les actes dont on ne voit pas les mobiles, que les faits dont on ne voit pas les auteurs, sont sans signification aucune et partant san» attrait ni valeur. Assurément il y a dans l'histoire autre chose que des hommes ; il y a de grands événements où la fatalité semble dominer ; il y a ces graids êtres collectifs qu'on nomme les nationalités et dans la vie desquels l'individu ne joue en apparence qu'un rôle inutile ou secondaire ; il y a des

lois générales, du reste encore obscures, sous lesquelles se meuvent la liberté et ractiyité humaines; il y a les religions, les gouvernements, les sciences, les lettres, les arts, Tagriculture, le commerce, l'industrie, en un mot la civilisation. Que ne trouve-t-on pas dans l'histoire, et ne peut-on pas dire qu'elle est de toutes les sciences la plus vaste et la plus coinpréhensive? Ces grandes faces de Thistoire, on ne doit donc pas les laisser dans l'ombre ; mais j'estime qu'à l'école primaire c'est surtout aux hommes qu'il convient de s'attacher, c'est sous forme de biographies quMl faut présenter cette science, parce qu'ainsi elle est plus à la portée des enfants, qu'elle les intéresse davantage, et qu'elle offre plus de ressources à l'éducateur. Racontées par le maître, à l'aide de ses souvenirs, avec des lectures ou citations bien choisies, ces biographies peuvent se terminer par un résumé auquel la classe tout entière est associée, où l'on passe en revue les qualités et les défauts, les vices et les vertus, les grandes actions ou les crimes du personnage et qui laisse dans les esprits une idée nette et durable de sa valeur morale et de son influence heureuse ou funeste.

Arrèlons-nous surtout en présence des grands hommes, apprenons aux enfants à pénétrer dans leurs âmes, à y décourvrir les sentiments qui les ont animés et soutenus dans leurs épreuves et dans leurs entreprises; mettons en lumière les qualités, les vertus qui en ont fait des bienfaiteurs, des héros.

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des martyrs. Si nous devons de la reconnaissance à ceux qni nous ont obligés, à quel degré ne doit pas être porté ce sentiment envers ceux qui ont étendu leurs glorieux services à la patrie, à la société, à Thumanité tout entière? Odieuse est l'ingratitude; efforçons-nous d'en préserver la démocratie française.

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