CHAPITRE XXn 3S
est l'auxiliaire indispensable de toutes les autres, de tous les arts et même des métiers ; leur faire retrouver le rôle de cette science souveraine dans Thistoire dont elle établit la chronologie, dans la géographie où elle mesure et fixe les distances, dans l'économie politique où elle sert à Tévaluation de la richesse, dans la physique dont elle représente les lois et les forces, dans la chimie à laquelle elle four* nit ses coefficients et ses formules, dans l'astronomie dont elle prépare et contrôle les découvertes, dans Tarchitecture, dans la peinture, dans la sculpture et dans le dessin qui lui doivent l'harmonie des formes et l'exactitude des proportions, dans la musique où elle détermine la valeur et les rapports des sons, dans les plus humbles métiers qu'elle guide et dans les plus simples outils qu'elle dirige et seconde. N'est-ee pas elle encore qui préside à toutes les opérations du commerce, à tous les travaux de l'industrie et de l'agriculture, qui sert à l'évaluation même de la valeur artistique et intellectuelle, à l'appréciation des délits et des peines, qui clôt les débats politiques par le dénombrement des suffrages, et qui par les tableaux de la statistique éclaire la marche du progrès et mesure les étapes de la civilisation? Science vraiment unique, support et ressort de toutes les autres, élément nécessaire et subtil mêlé à tous les mouvements de la pensée, comme à toutes les combinaisons de la matière. Il sera bon d'ajouter que, cultivée en elle-même et
pour elle même, elle risque de donner à Tesprit de la sécheresse et de la raidenr ; que Ton ne pourrait sans danger porter dans la vie ordinaire la rigueur des raisonnements abstraits ; que la riche et mobile complexité de la nature humaine diffère essentiellement de la constante simplicité des éléments numériques, et qu'on ne peut raisonner sur des hommes comme on le fait sur des nombres.
L'introduction des sciences naturelles dans l'enseignement primaire est une heureuse innovation ; elle répond aux besoins du temps, elle assure un progrès nécessaire. Mais s'il n'est pas de sciences qui ouvrent à l'esprit des horizons plus vastes, de plus riches perspectives, qui soient plus propres à stimuler et à solliciter dans tous les sens la curiosité naturelle de l'enfance, il n'en est pas qui, sèchement et étroitement enseignées, risquent plus de fausser et de rapetisser Tesprit.
En effet, si l'on s'en tient à l'étude du détail, si l'on n'observe et ne considère jamais les êtres qu'un à un, partie par partie, Tesprit se rétrécit, se resserre et se réduit aux proportions mêmes des objets auxquels il s'attache ; il perd la notion de l'importance relative des choses, il perd la véritable règle du jugement, qui ne se trouve et ne se conserve que par la comparaison fréquente des parties entre elles et du tout avec les parties, par le passage alternatif et réitéré du détail à l'ensemble et de l'ensemble aux détails. Si au contraire, après avoir observé les