CHAPITRE XXn
perdrait son véritable sens et son efficacité morale?
Cet enseignement s'adresse surtout à de futurs paysans, puisque les enfants de la campagne forment les trois quarts au moins de la population scolaire. C'est, un grand service à leur rendre que de leur inspirer le goût et de leur donner Tintelligence des beautés au. milieu desquelles ils vivent sans les comprendre et presque sans les voir.
En effet, le paysan, et ce n'est pas sa faute, ne voit la nature qu'à travers les dures nécessités de la vie; son regard ne cberche dans la terre que l'argent qu'il lui faut en tirer pour sa subsistance. A Taspect des belles prairies, des belles moissons, des beaux vergers, il n'admire pas, il suppute. Longtemps élevé dans la misère et l'ignorance, l'utile seul le touche, le beau lui échappe ; l'habitude aussi le blase ; c'est la ville qu'il admire, comme le citadin la campagne L'enfant élevé dans nos écoles ne sera plus désormais aussi insensible aux merveilles qui l'entourent; grâce aux leçons qu'il y reçoit, grâce à ces petits musées scolaires qu'il contribue ui-mème à former de ses trouvailles, grâce aux livres illustrés qui se répandent et qui resteront entre ses mains, grâce aux promenades scolaires où on lui apprend à lire dans ce -grand livre merveilleusement illustré deboature, la terre sur laquelle il marche aujourd'hui sans. la connaître, parlera à son esprit, le* ciel qui l'entoure pariera à son cœur. Quand lise promènera pensif, la tète baissée, comme
110 DK L'ÉDUCATION
U a coniome de le fiûre, toate cette multitade d'êtres qui rampenty courent, volent à ses pieds et autour de lui, provoqueront sa curiosité, attireront, fixeront ses regards ; la vue des montagnes qui Tentoarent réveilleront parfois dans sa mémoire le souvenir des révolutions géologiques qui les ont suscitées ; la nuit, ses yeux, en s'élevant vers le ciel, ne s'arrêteront plus à la voûte apparente; il scrutera les profondeurs étoilées, sachant que tous ces points brillants sont autant de soleils, que ces blancheurs lactées sont des amas de mondes; il se fera une idée plus haute de la puissance divine et une plus juste idée de la valeur de Thomme*
L'école l'aura initié non seulement aux merveilles de la terre et du ciel, mais à celles aussi de sou propre organisme. Ici encore prenons garde que cette étude se borne à la forme et au jeu des organes» et se contente de satisfaire une curiosité banale, sans provoquer la réflexion, sans éveiller l'admiration. Là où s'arrête la science, la morale poursuit; là où finit la tâche du physiologiste, commence celle de l'éducateur. Je prends un exemple.
Quand l'enfant aura appris que l'œil se compose du nerf optique, de la rétine, de la sclérotique ou ' cornée opaque, de la choroïde, de l'humeur aqueuse, du cristallin, de l'humeur vitrée, quand il aura démonté et remonté les pièces de cet incomparable organe, il restera à en faire admirer l'incompréhensible puissance ; il restera à se demander com-