‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 21 sur 159 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dire sâns trop d'exagération que le clergé a perdu Toreille et la confiance du peuple. Le triompt^ définitif d'une forme de gouvernement qu'il a ouvertement et vJolemme&t combattue n'est pae fait pour lui rendre l'autorité perdue ; et enfin son domaine, réservé, celui où naguère encore il ré gnait en mattre, j'entends le monde des femmes, duis ce domaine la science et Tinstruction ont pénétré et fait quelques conquêtes. J'ajoute que le fonction* nement régulier du suffrage universel a singulièrement réduit et circonscrit l'influence sociale du sexe féminin et par suite l'influence du clergé qui s'exerçait par lut.

Ce qui reste de l'aristocratie est demeuré fidèle à la tradition, au moins dans son attitude et son langage, car dans la pratique ce n'est pas précisément par des excès de ferveur religieuse que de temps à autre les descendants de notre vieille noblesse ramènent sur eux l'attention publique.

En dépit de quelques manifestations bruyantes d'une dévotion surexcitée, manifestations moins utiles que dangereuses à la cause qu'elles prétendent servir, en dépit de quelques témoignages d'une générosité intéressée où la rancune se mêle à la piété, en dépit d'un accroissement de pompe un peu mondaine dans les solennités du culte, on ne saurait nier que la tentative essentiellement politique d'une restauration religieuse n'ait à peu près avorté. Est-ce à dire que la religion soit près de

disparaître? Nous sommes loin de le croire; nous pensons même que si la philosophie spiritualiste, elle aussi fort affaiblie, se laisse vaincre ou gagner par le matérialisme et le fatalisme scientifiques qui avancent, les progrès, le spectacle et les excès de la démoralisation que ces doctrines engendrent, pourraient bien, comme aux derniers jours de la décadence romaine, rendre au sentiment religieux une force et une intensité nouvelles, et préparer à la religion une renaissance ou une restauration.

Quoi qu'il en soit, en l'état actuel, une grande partie de la société s'est détachée ou se détache de rÉglise. Dans la masse de ceux qui vivent en dehors de toute confession et de toute action religieuse, les uns, et c'est le petit nombre, se sont fait à eux-mêmes une croyance et une règle de conduite ; d'autres, et c'est la foule, vivent d'instinct et d'habitude, et suivent tant bien que mal les préceptes de la morî^le vulgaire, c'est-à-dire facile ; d'autres enfin, et ils sont malheureusement trop nombreux, vivent en hostilité déclarée avec la morale et même avec les lois. Cette situation ne pourrait durer sans péril pour la société; elle crée au législateur des' devoirs pressants ; elle exige de tous ceux qui ont souci de l'avenir et qui aiment leur pays, un puissant et général effort en faveur de l'éducation.

Il n'y a ni pour les jeunes gens, ni pour les hommes faits, d'enseignement moral. L'avantage des religions, c'est que cet enseignement y dure

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