CHAPITRE PREMIER
autant que ia vie et qu'une obligation commune ramène périodiquement les fidèles au^ pied de la chaire d*oô cet enseignement descend. L*ayantage d'une forte éducation morale serait de rendre cet enseignement inutile par la solidité des principes inculqués et la puissance des habitudes contractées dès l'enfance. Mais en l'état, qui pourrait soutenir que la génération présente ne gagnerait rien à entendre de temps à autre une voix autorisée lui rappeler les grands devoirs de la vie, et que la lecture des journaux politiques ou autres, celle des productions de la littérature contemporaine et les leçons de l'expérience personnelle suffisent, je ne dis pas au développement, mais même à la conservation de sa valeur morale ?
Sous ce rapport la société moderne se trouve moins favorisée que les sociétés grecque ou romaine. Là, en effet, à côté des religions, qui n'élaient pas toujours des gardiennes scrupuleuses et vigilantes de la moralité publique, il y avait des écoles philosophiques dans la véritable acception du mot; des écoles qui, comme la pythagoricienne, la socratique, la stoïcienne étaient des écoles de vertu, où les grands exemples abondaient et où les principes étaient convertis en règles de conduite. Aujourd'hui les philosophies sont contenues dans les livres où elles restent à l'état de théorie ;'elles n'ont qu'une influence peu sensible dans la pratique et sur les mœurs. Au lieu que
dans cw sociétés antiques on reconnaissait bien vite iMMi seulement à son langage, mais à sa conduite, le disciple de tel ou tel maître, Tadepte de telle ou telle doctrine, aujourd'hui les partisans des divers systèmes ne sont pas faciles à distinguer les uns des autres pas plus qu'à distinguer des autres hommes, ^t Ton peut dire* que ces système» se partagent à p«U" près exclusivement les esprits, et quff leur action sur les moeurs est à peine- appréciable. Les philosopWes sont des théories pures et non appliquées; les écoles sont des noms, elles n'ont ni enseignement' oral ni prosélytisme^ elles ne se révèlent que par des écrits, et demeurent renfermées dfetns le domaine des idées et des abstractions. Les philosophes de tout genre sont vêtus comme tout le mondé, et leur vie ressemble à lô vie 'du- commun <les mortels.
Toutes ces^ raisons rendent de plus en plus- nécessaires l'adoption et la- mise en vigueur d'un bon système d'éducation» nationale ; car cette éducation ^t la plus grande de nos ressources morales, et l'épreuve qui commenoepour la génération nouvelle sera une épreuve déoisive pour l'avenir de notre pays. Cette épreuve, si elle échoue, ne se recommen <îwa pas. Si elle ne fait pas entrer dans la société la somme de moralité nécessaire, on ne voit pas bien où la société pourrait puiser de quoi i-éparer ses
pertes.
L'enseignement religieux n'est plus donné dans