CHAPITRE m
DE l'Éducation, sa portée.
Ce qa*eUe est par rapport à Tinstructioa. — Sens- ordinaire. du mot. — Son Téritable sens. — Les gens bien éleyés. — Les honnêtes gens. — Les geae Tertaevz. ^ Qse l'homme ne naît ni bon ni mauTais, mais avec le pouTOir de devenir l*un OU rautre. — Qu*il n'y a pas de limites. dans le bien ni dans le maL -> A quel point de Toe l^instttuteiir doit ee placer pour comprendre importance de Téducation.
Instruire est bien, élever est mieux. Le premier besoin d'une société, la condition de son existence, c'est la moralité. On conçoit une société composée de gens honnêtes sans instruction, mais on ne peut concevoir une société formée de gens instruits sans honnêteté. La famille, cette petite société, image et élément de la grande, ne saurait exister sans loi morale, elle peut vivre sans instruction.
Nous n'avons nulle envie de préconiser Tignorance ni de rabaisser Tinstruction, surtout en un siècle dont le plus grand Honneur est de l'apprécier et de la répandre ; nous voulons seulement marquer sa véritable place, qui est la seconde, Téducation occupant la première. Sans doute Tune et l'autre se
peuvent et se doivent entr'aider, mais entre elles deux il y a cette différence profonde que l'éducation peut à la rigueur se passer de l'instruction, tandis que la première est indispensable à l'autre.
En effet, avec les lumières naturelles de la raison et à l'aide de la conscience on arrive à faire un honnête homme; tandis que tout le savoir du monde ne gufflt pas à garantir du vice, ni même à préserver du crime. L'homme qui n'est qu'instruit en est plus dangereux ; l'ignorance honnête est inoffensive, elle peut être vertueuse. Tous les ans l'Académie couronne des dévoûments qui ne savent pas lire, et tous les ans la *ustice condamne des crimes letlrés et de& attentats savants. Il s^en faut étrangement que le progrès moral concorde avec le progrès de la science et que tous deux aillent du même pas ; le temps présent nous en fournit la preuve.
Est-ce à dire que l'instruction soit inutile à l'éducation ? elle lui est au contraire un auxiliaire précieux ; en éclairant l'esprit, elle crée au libre arbitre de nouveaux et puissants motifs, elle transforme en volonté claire et réfléchie les mouvements obscurs et instinctifs delà conscience. Du reste la statistiqua judiciaire est une irréfutable démonstration de la vertu moralisatrice inhérente à l'instruction ; l'immense majorité des crimes est à la charge de la bru* talité ignorante.
11 y a un terme consacré, qui sert à résumer toute la série des jugements que nous portons sur les en-