‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 28 sur 159 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

lants comme sur les hommes dans la vie ordÎDaire. Quand on a dit d'un enfant qull est bien ou mal élevé, d'une personne qu'elle a ou n*a pasd'éducatioUy il semble qu'il ne reste plus rien à en dire : ils sont classés. Et en effet, en dehors des gens qui ont affaire à la justice, et qui par conséquent sont des ennemis de la société, il n*y a en réalité, au point de vue des relations sociales, que deux espèces d'hommes, ceux qui sont sociables et ceux qui ne le soQt pas, c'estrà-dire ceux qui sont bien et ceux qui sont mal élevés. En ce sens restreint, l'éducation représente la somme d'efforts, de gène et de petits sacrifices que nous sommes devenus capables de nous imposer pour nous rendre agréables aux autres et contribuer au charme de la vie commune.

Tous ces témoignages de bienveillance, d'estime, de respect, tous ces égards pour l'Âge, le sexe et le rang, tous ces actes de prévenance, de courtoisie et d'obligeance, qui sont les marques auxquelles se reconnsûssent les gens bien élevés, constituent une série de petites victoires remportées sur l'égoïsme, sur l'humeur, sur Tinstinct, victoires qui assouplissent la volonté et la disposent à de plus grands efforts. Mais l'éducation va plus loin et plus haut. Elle ne s'arrête pas aux relations accidentelles et superficielles qui forment la trame légère et mobile de la vie de société; prise dans toute la largeur de sa véritable acception, elle s'étend à tous les rapports étroits et constants qui lient l'enfant à sa famille, le

citoyen à me coacitoyeos et rhomme à ses -semblables; elle embrasse la vie tout entière/et «e Pé- Bume en un mot, le devoir.

Habituer leg enfants à faire ce X[u1l8 doivent en toute ocoasion, envers tout le monde : les y amener par la doucenr et la fermeté, par la raison ^et le sentiment, par la persuasion et par r-exemple, accroître par degrés Tempire de la volonté sur la passion et l'instinct: voilà rœavre premier de TéducatioB. Mais en dehors des devoirs stricts dont la loi morale commande et dont la loi civile impose r«eeomplissement, il y a «icore tout un ensemble de devoirs moins impârioux et plus difficiles, qui forment le domaine propre de la pure vertu. Bans ee domaine la volonté se meut librement, sans intimidation ni séduction, exposée aux seules influences de la raison épurée et de la conscience ennoblie, des hautes et généreusesf)misées, des sentiments délicats et sublimes. C'est là que fleurissent rhumble labnégation, les dévoûmenès éclatants ou obscurs, c'est là aussi que s'allume le £eu de Tenthousiasme et du patriotisme. Heureuxl-éducateur qui peut y. amener les âmes I il a atteint le but suprême de Tambitioa morale.

L'homme ne nait ni bon ni mauvais; il n6^av3ec le pouvoir de devenir Tun ou l'autre. Il apporte,^ en naissant, des instincts contraires, les uns compatibles, les autres incoiupaUbles avec Texiâtence de la société ; il a en lui, dans son eseenoe, les germes de

Àiom les viees eginnïe 4e tantes les vettus, de toutes tes qualités let de tous les défauts. Boue de raison et Ae yokmtjéj il discwiie de bonne heure quels sont, jpiftrini le» iii9tin(^8 qmi le poussent, ceux qu'il doit eembaitre, et,parmicesgennes, ceux qu'il doit dé velop4^. L' éducation n'est pas autre chose que le secours éclairé, afiéctueux,n3»Hlti, apporté à Tenfailt dans la lutte qu'il engage de bonne heure contre ses mauvais penchants pour assurer le triomphe des autres. Le propre de Thommeest de pouvoir s'élever toujours plus haut dans le bien, ou descendre toujours plus bas dans le mal ; il n'y a pas de hmite au progrès moral de l'homme pas plus qu'à sa démoralisation. Les journaux ne nous apportent-ils pas trop souvent le récit de crimes qui semblent reculer les bornes de la perversité et de la cruauté humaines, comme aussi d'actes de vertu ou d'héroïsme qui semblent dépasser les forces de notre nature? Entre les points extrêmes et contraires, se déroule une série infinie de degrés intermédiaires dans laquelle se range et se meut l'humanité. Chez les autres êtres, il y a peu de différence entre les individus d'une même espèce ; mais parmi les hommes, jntre les meilleurs et les plus mauvais, entre la plus haute vertu et la plus basse dégradation, il y a un abtme. On est effrayé en songeant jusqu'où l'homme peut descendre, on est ravi en voyant jusqu'où il peut monter. Aussi comprend-on sans peine avec quelle inquiétude émue un père se penche sur le

berceau de son nouyeau-né, cherchant à lire dans ces traits encore incertains le redoutable mystère d'une vie qui peut être si belle ou si affreuse. En cet enfant qu'il contemple dort en germe Thonneur ou la honte d'une famille, sa joie ou son désespoir. Que rinstituteur se place à ce point de vue, fl comprendra ce que c'est que l'éducation.

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