LA RELIGION ET LA MORALE
SOMMAIRE. • De Taffaiblisteindiit d6 la foi religieuse. — Son influence sur la morale. — B^le de l'éducateur dans cet temps de transition. — Suppression de renseignement religieux à récole. ~ Conséquences de cette suppression. » Nécessité du déyeloppement de Péducation.
Tant que les dogmes qui agissent par la crainte conservent leur empire, on ne saurait raisonna^ blement nier qu'ils sont un frein moral ; mais quand le doute vient à les atteindre, la morale qu'ils servaient en re'^oit, elle aussi, une atteinte. Ainsi, lorsqu'on rejette le dogme des peines éternelles comme C021traire à la raison, et incompatible avec la justice et la bonté divines, on s'en tient rarement là, on ne s'arrête pas où s'arrêtait Voltaire, et Ton rejette souvent du même coup la croyance fort raisonnable aux peines temporaires et en un Dieu rémunérateur et vengeur. La morale rationnelle ressent le contrecoup de la chute des dogmes, elle en est ébranlée.
Les dogmes inintelligibles sont ceux dont la disparition cause le moins de dommage, parce que, à
raison même de leur nature, ils sont sans influence sur la conduite ; que Thomme y croie ou n'y croie pas, il n'en est ni plus mauvais ni meilleur; ces dogmes sont dans l'esprit, ou plutôt dans la mémoire comme un dépôt sacré, auquel on ne touche pas, et dont on ne tire aucun profit. Mais les dogmes intelligibles au moins en partie, ceux qui sont simplement en désaccord avec la raison et dont on peut par conséquent prouver la fausseté, ceux-là, quand ils cèdent à l'effort du raisonnement, rendent ^Suspectes les vérités mêmes auxquelles ils étaient unis, et lorsqu'ils sortent de resprit,iils emportent pre&(|ue toujours avec eux quelques lambeaux de la morale elle-même.
C'est là le danger des xelrgions qui tiennent la raison humaine en servage ; bn ne s'en dégage pas insensiblement et par une lente émancipation, mais on s*en échappe eonraie d^xme prison en brisant ses chaînes. Quitter une religion parce que l'on ne croit plus à ses dogmes, c'est s'affranchir d'une autorité étrangère, pour rentrer sous Tautorité légitime de sa propre xîonscience ; -si cette transition était ce qu'elle doit être, les hommes en deviendraient meilleurs, parce qu'ils se seraient délivrés des superstitions pour ne plus obéir qu'à leur propre raison, et parce que, si les religions sont plus exigeantes de pratiques et d'exercices, ht raison n'est pas moins exigeante de vertu.
S'affranchir, ce n'est pas secouer toute autorité.
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c'est reprendre le gûuTeroemeiit, . la* direction de soi-même.
Aussi, pour éyUer le dommage que. peut causer à la sodéié comme à Tindividu un. affraachiasement trop brusque ou mal compris, l'éducateur doit-il s'efforcer de faire comprendre à Teafânt que l'obligation morale est indépendwite des religions, ei que psuens, bouddhistes, juifs, chrétiens», maho* métans, tous les hommes enfin, à quelque religion qu'ils appartiennent,, sont soumis aux mêmes lois; de telle sorte que si un jour Teufani arrive par le raisonnement à cet état de l'esprit qui ne comporte plus la croysmce. aux dogmes, il sache bien que ses obligations morales restent les mêmes ou plutôt qu'elles n'ont fiait que s'étendre, el qu'en s'afiranchiasant, il ne s'est pas dispensé d'obéir à la raison ; que s'il a acquis le droit de se conduire lui-même, il a le devoir de prouver qu'il e^ digne de cette liberté ; que tout changement, pour être légitime, doit être une amélioration, que ce n'est pas pour se livrer sans sorupule à. ses passions qu on rejette des, croyances,, mais parce qu'on a trouvé une loi, uixe. Eègle plus digne d'un, homme raisonnable et libre.
Les exemples de vertu. et de dévoûment inspirés par la morale seule ne lui manqueront pas pour appuyer sa démonstration.
Cette pa*éeauiiont est d'autant plus nécessaire qoa: l'enseignement dogmatique a pris fin à l'école, et
que, par suite, il a perdu et perdra de son prestige et de son action.
Ce n*est pas que renseignement religieux donné à l'école eût une haute valeur et une grande efficacité. La répétition machinale du catéchisme, tâche fastidieuse dévolue à l'instituteur, n'était pas faite pour développer beaucoup ni Tintelligence, ni le sens moral de l'enfant ; mais en lui montrant dans l'instituteur un auxiliaire, pour ne pas dire un serviteur du prêtre, il ne pouvait qu'accroître le respect de l'autorité religieuse et par suite contribuer au maintien de la foi.
Si la dignité de l'instituteur a gagné à la cessation de ces fonctions subalternes, on ne saurait nier que l'enseignement religieux n'y ait perdu un secours ; sa liberté reste entière, mais ses moyens d'action n'ont plus la même étendue ; il a conservé ses chaires et ses professeurs, mais il n'a plus cette légion de répétiteurs dociles que lui formait le personnel nombreux des instituteurs.
Cet enseignement sera mieux donné sans doute, il sera moins donné ; car beaucoup d'enfants n'iront pas chercher à l'église ce qu'ils trouvaient à l'école. Il faut donc qu'ils trouvent à l'école de quoi compenser et au delà une perte qui ne serait pas sans dommage si elle restait sans compensation ; c'est-àdire, il faut que l'enseignement moral à Técole prenne tout le terrain devenu libre par le retrait de l'enseignement religieux.