CHAPITRE IV
S'il est inexact de dire que renseignement de la morale à Técole y fût rendu impossible autrefois par la présence de l'enseignement religieux, on peut affirmer qu'il n'y était pas rendu plus facile. D'abord par cela seul que le maître faisait réciter le catéchisme, il se croyait dispensé d'un enseignement moral qu'il confondait d'ordinaire avec celui des dogmes religieux ; et là même où le mattre ne croyait pas devoir s'en tenir aux articles de foi, son enseignement, naturellement lié et subordonné aux croyances, ne pouvait prendre ni l'ampleur ni l'autorité nécessaires. Il venait en sous-ordre, et formait comme un complément facultatif. Les rôles sont changés ; la morale prend à l'école le rang qui lui appartient ; elle y est chez elle, maîtresse et non servante. Ayant son domaine à elle, elle n'a pas à faire d'incursions dans le domaine d'autrui ; placée sous l'égide de la loi, elle n'a pas non plus d'incursions à craindre dans son propre domaine. De plus, au lieu qu'autrefois elle n'existait pas par elle-même et n'avait pas de place dans le programme de l'école, aujourd'hui sa place y est marquée et cette place est la première, et c'est chose naturelle ; car de toutes les sciences la première et la plus importante est la science du bien, et le premier des arts est l'art de bien vivre. On peut à la rigueur se passer de la grammaire ou de l'histoire, même de la religion, comme l'ont fait tant d'honnêtes gens avant et depuis Socrate ; on ne peut se passer de morale»
aO DE L'ÉDUCATION
Ainsi la consécpience naturelle du retour de renseignement religieux à ses véritables dispensateurs, c'est d'abord' la constitution d*un enseignement moral proprement dit dans Fécole ; c'est ensuite la nécessité d*y placer cet enseignement entête de tous les autres» et de lui donner un développement' proportionné à l'importance qu'il tient de sa nature et il celle qu'il tire des circonstances présentes.