CHAPITRE V
loi morale ; et, dans ce cas, non seulement la désobéissance devient permise, mais elle est un devoir. Ainsi les lois humaines ne sont bonnes que par leur plus ou moins de conformité avec la loi morale ; la meilleure est celle qui s'en rapproche le plus; la parfaite serait celle qui se confondrait avec elle.
Voilà la loi i laquelle il faut plier Fenfance ; pas n'est besoin de la lui imposer, car elle 8*impose d'ellemême ; mais il faut Famener à la reconnaître, à Taccepter et surtout à la suivre.
L'enfant, disons-nous, la porte en lui-même, d'abord à son insu et comme à l'état latent ; puis, peu à peu, elle se dégage, elle sort des profondeurs mystérieuses de la conscience, elle fait sentir sa présence par des tressaillements muets, puis elle prend une voix, elle parle, elle commande, elle signifie sa volonté par des injonctions de plus en plus claires, de plus en plus pressantes, et enfin, quand elle est méconnue, par cette souffrance indéfinissable et tantôt sourde, tantôt aiguë et cuisante, qui s'appelle le remords. Si intolérable est cette souffrance, que parfois, pour lui échapper, Fhomme se réfugie dans la mort.
Habituer l'enfant à écouter cette voix, à se recueillir pour mieux l'entendre, à faire effort pour mieux la suivre, c'est l'œuvre de Féducatîon. L'enseignement n'y entre donc que pour la moindre part ; car en moins d'une heure on peut passer en revue toute la série des devoirs qui embrassent la vie humaine.
tandis que cette vie elle-même est trop courte pour former à Taccomplissement du devoir. Ici la théorie est peu, la pratique est tout ; et cela est si vrai que la morale est parfois enseignée et bien enseignée par des homme» sans moralité^ et que par contre elle e8t parfois pratiquée- par des hommes sans instruction. La difficulté n'est donc pas de faire apprendre et comprendre, mais de faire vouloir et agir; elle n'est pas de donner à Tenfant Tidée du devoir, puisqu'il en a le germe, mais de lui en inspirer le goût et; si possible, la passion; de le tourner, de le pousser, àe Fentratner au bien, d'en obtenir cette suite ^ ^ette' progression d'efforts qui en créent Thabitude et plus tard le besoin. Ce n'est point làune science, mais un art, et le premier des arts.
Supposons que l'enfant n'ait pas en lui l'idée du Jtrien, comment s'y prendrait-on pour lui donner *cette idée ? Sans doute on partagerait, les actions humaines en deux séries, et on lui dirait : voici les bonnes et voilà lea mauvaises. Mais si sa propre raison ne lui faisait, reconnaître le caractère inhér fwnt à- ces actes, cette distinction entre le bien et le fndl serait pure affaire de mémoire, et comme la mémoire est de toutes les facultés la. moins sûre et la plus inégale, la moralité humaine serait à la tnerci de: ses- caprices et de ses défaillances. D'ailleurs la. mémoire n'est qu'un dépôt de connaissances, et comment une simple formalité d'enregis* trement pourrait-elle créer c^te puissance: active^