‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 34 sur 159 · DES INFLUENCES QUI TENDENT A ALTÉRER LE CARACTÈRE DE LA LOI MORALE · texte numérisé non relu

DES INFLUENCES QUI TENDENT A ALTÉRER LE CARACTÈRE DE LA LOI MORALE

SOMMAIRE. — Que cette loi est Pâme de la religion et de la philosophie. — Dangers qae lui fait courir l*abu8 de l*expérimentalisme. — De l'influence de cette manie sur les lettres et les arts. — Systèmes philosophiques contemporains. — Leur prétention commune. ~ Que l\>bligation morale ne peut se tirer de Texpérience. — Équiyoque dangereuse sur le sens du mot loi. — Concordance nécessaire entre les principes philosophiques etles principes politiques. — Que la liberté politique dépend de la liberté morale. — Que matérialisme et républicanisme impliquent contradiction. ~ Qu*un être soumis à la fatalité ne peut aTOir ni droits ni deroirs. — Que la chute des tyrannies estFoeuTre du spiritualisme. ~ Que ce ne sont pas les philosophes matérialistes du xyiu* siècle qui ont préparé la déclaration des Droits de Phomme. — Empiétements de la méthode expérimentale. — Cause de la Togue dont eUe jouit —Ambition de la physiologie.— Que la notion du libre arbitre est faussée.— Littérature engendrée par Texpérimentalisme. — Du naturalisme. — Ses prétentions. — Ses caractères. - Ses effets. —De la petite presse. — Publicité faite au crime. — Comptes rendus des séances de cours d'assises. — influence que cette publicité exerce sur la moralité publique. — De IVdiénatiofi mentale dâm sas n^ports avec le crime. — De nndalgenoe systématique, — Ses effets.

Cette loi morale qui est à la fois le principe et Tinstrument de Téducation, on la retrouve au fond de

toutes les religions ; c'est elle qui les fait vivre, et Ton ne peut concevoir une religion qui puisse se développer contre elle ou sans elle. Elle est aussi l'âme et la vie de la plupart des systèmes philosophiques. Cependant notre siècle voit se propager une doctrine qui, sans prétendre ouvertement la cambattre, travaille à en dénaturer la caractère et par suite à en ruiner le prestige et Tefficacité.

Nous assistons avec tristesse aux efforts méthodiques et persévérants que fait une prétendue science pour rabaisser la loi morale au niveau des lois expérimentales et pour atteindre et corrompre le germe même de la moralité, qui est Tobligation.

Et, chose déplorable, ces efforts dangereux paraissent inconscients ; on ne peut s'indigner contre ^s honnêtes savants, que leur candeur naturelle on le joug salutaire des l)onne6 habitudes contractées sous l'empire même de îa loi qu^îîs altèrent, préserve des chutes et des excès, et qui, jugeant charitablement des atrtres par eux-mêmes, simagrnent que l'humanité peut se passer du Irein qui leur eet devenu inutile à eux-'mêmes.

Cette illusion provient en grande partie de i'ahus d'une méthode puissante et perfide, à laqtrdle les sciences physiques et naturelles doivent, il est vrai, leurs progrès merveilleux, mais qui, transportée dans le domaine de la conscience, menace d'y détruire le principe de la vie morale.

La méthode baccimien&e, sortaiH de ses limites

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iialurelles, a fait irruption dans le domaine de Tact et des lettres et elle y alabsé des traces comparables à celles d'an yéritaUe fléao.

Ambitieuse ^et raaas «empales, dédaigneuse des granctes et hautes abstractions, ^enivrée de sa força brutale, éprâe des «euies réaltl^ .palpables, elle a rabattu Tess&r des èmes, ranralé Tidéal, flétri la fleur de l'art et tari la source des «aspiratians sublimes ^t des inspirations fécondes. £Ue aaitacbé TeiTort de l'artiste À la reproduction s^rvile des réalités banales et assuré le triomphe de la médiocrité patiente sur le talent créateur.

En philosophie, appUquamt ses procédés à Téane humaine, elle l'a réduite à une simple poussière de phénomènes sans support et sans lien, et, renversant la loi morale des hauteurs d*où elle commande, elle s'est efforcée de l'extraire comme la plus vulgaire des lois chimiques de la sin^de expérience, elle l'a ramenée à la "valeur d'un £ait généralisé, sans comprendre qu'oA peut tordre et presser tous les faits du monde sans en faire rien sortir nxjti ressemble à l'obligation.

H^ireusement de dessous l'amas de ces expériences la loi se relève imposante len sa irictorieuse simplicité, £lk se dégage de l'étreinte des systèmes et brille coumcaupara^vant de son inextingaiUeéclaL

Il y a -deux espèces principales ée systèmes : ceux qui emèraseent ou prétendent embrasser Funiversalité ttes choses, -et ceux <qui, plus modestes, se

bornent à Thumanité. Aux philosophes ambitieux qui aspirent à l'explication du grand tout on peut jusqu'à un certain point pardonner leur indifférence transcendante pour les conséquences morales de leurs systèmes; notre humble planète est si peu de chose et fait si pauvre figure dans llmmensîté de Tunivers et dans l'infinité des mondes, qu'ils en arrivent aisément à la perdre de vue, ou à la laisser en dehors de leurs données comme une quantité négligeable, dont l'omission n'affecte pas sensiblement le résultat de leurs calculs et ne compromet pas la solution du grand problème.

Mais ceux qui, laissant de c6té la recherche de la vérité absolue, qu'ils croient inaccessible, et l'intelligence d'un ensemble dont ils ne sont qu'une partie infinitésimale, se contentent d'étudier la société et de chercher les lois qui règlent le développement de l'homme et de l'humanité, ceux-là sont inexcusables, ceux-là sont impardonnables, de se désintéresser de l'influence que peuvent exercer leurs théories sur la moralité publique; ils en arrivent à devenir les auxiliaires inconscients des corruptions volontaires, à fournir au crime et à la dégradation des justifications d'une apparence scientifique, à débarrasser les consciences des scrupules salutaires; par l'altération de l'idée du devoir, par U dépréciation de la valeur morale, en dénaturant le caractère de l'obligation, en affaiblissant l'autorité de la conscience, ils augmentent l'inefficacité des lois

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