CHAPITRE VI
solutisme ; cette alliance est ancienne, elle est naturelle, elle est logique, puisque Tun est la justification deVautre. Si Thômme n'est que matière, s'il est radicalement incapable de se conduire, pourquoi ne lui imposerait-on pas la règle qu'il ne peut se tracer luimême? pourquoi lui accorderait-on une liberté que ne comporte pas sa nature ? Si Thomme n'est qu'un animal rempli de passions violentes, il est sage, il est juste de le mener comme on mène les animaux dangereux, par la crainte, par la force. La tyrannie est donc non seulement l'alliée naturelle, mais la fille légitime du matérialisme.
Quant à tirer la liberté politique de la négation de la liberté morale, je ne sache pas d'entreprise plus vaine, ni de plus flagrante absurdité.
C'est assurément un des phénomènes les plus curieux du temps présent que cette coïncidence de l'extension des libertés politiques avec la propagation des doctrines matérialistes. 11 semble que le spiritualisme ait été enveloppé dans le discrédit des formes politiques sous lesquelles il a vécu et grandi et qu'il a incontestablement contribué à détruire ; car c'est au nom de Ja dignité humaine et par conséquent de la liberté morale qui en est le principe, que s'esi commencée et que s'est poursuivie pendant tant de siècles la lutte de la raison contre les tyrannies de tout genre. U paraissait donc naturel que la victoire profitât à qui l'avait remportée, que le spiritualisme puisât de nouvelles forces et une
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vertu nouvelle dans le triomphe de la liberté poétique, et que l'affaiblissement et la défaite de ses adversaires lui donnAt plusde puissance et de vita^ lité. C'est à lui que revenait Théritage des tyrannk» mortes ou mourantes; et voilà que le matériaUsmev son ennemi-né, son étemel ennemi, le supplanterai lui enlève une large part de Théritatge. Cette substitution inattendue est une- preuve que l'éducation philosophique du pay» est à peine ébauchée et que la conception* de la liberté politique est encore à l'état rudîmentairedansun grand nombre d'esprits.
Les soudaines et rapides mervdlies accomplies par les sciences expérimentales, merveilles qui prennent les hommes par les yeux, ont en quelque sorte effacé, éclipsé le spiritualisme, dont le long travail, pour être moins bruyant et moins frappant, n'avait pourtant pas été moins fécond, pirisqu'îl est le véritable auteur de la Révolution française. Ce ne sont pas les philosophesmatérialistesdudix-huîtième siècle, ce n'est ni dHolbach, ni Htelvétius, ni même Diderot qui ont préparé la déclaration des Droits de rhomme, ce sont des philosopha dont le spiritualisme bravait la raillerie des athées, c'est Toltaire, c'est Jean-Jacques Rousseau.
Quoi qu'il en soit, le progrès des sciences physiques et naturelles, les preuves éclatantes et multipliées que la méthode inductive a données de sa puissance, ont engendré une confiance trompeuse dans l'efficacité de cette méthode et une illusion