CHAPITRE VI 4T
dangereuse 9ur retendue de son domaine et la légitimité de ses applications. On s^est imaginé qu'il suffisait de la transporter dans la pt^ychologie pour renouTeler la science de Fâmeet lui faire accomplir des progrès eorrespondtois et é^ivalents à ceux des autres sciences. Cet espoir et celte ambition ne se sont pas réalisés, et par une bonne raison, c'est que Tâme n'est ni un corps, ni un agent physique comme la lumière et Télectricité, et que si la ricbe complexité ctes phénomènes psychologiques fournit à l'observalteur une amplle et inépuisable matière^ la simplicRé du principe générateur de ces phénomènes défie toute* analyse et toute induction. C'est que l'observateur trouve sous les phénomènes une loi qu*ilnepeuteninduire, uneloiqui n'est pas àfaire, qui est toute faite, qui engendre elle-même des actes et qui, étant un principe actif, ne peut être rabaissée^ au rôle de simple conséquence. Cette loi est une volonté, c^st quelqu'un, ce n'est pas quelque chose. De son côté la physiologie, ambitieuse entre toutes, prenant l'homme par le dehors, comme la psychologie par le dedans, avance dans l'étude analytique et minutieuse des organes supérieurs et seflatte d'arriver à découvrir les secrets de la production de la pensée. Mais quand elle a\ira mille foisparcouru les méandres du cerveau, quand elle aura^ débrouillé l'inextricable écheveau des circonvolutions cérébrales, quand elle aura dégagé et classé tous ces innombrables filets nerveux, puissants et
délicats v^hteolee de la sensibilité et du mouvement, elle se trouvera toujours en présence d'un fait aussi inexplicable qu'incontestable, le libre arbitre, d'un principe aussi inaccessible que réel, la volonté, d'une loi aussi indestructible qu'irréductible, la loi morale.
Le malheur est que tous ces efforts de la science expérimentale semblent avoir pour but et ont certainement pour effet d'affaiblir dans les Ames le sentiment de la responsabilité personnelle, et que la pauvre volonté humsdne emprisonnée dans le réseau des fatalités qu'on lui crée, se croyant travaillée par des influences invisibles et soi-disant irrésistibles, opprimée par le tempérament dont on exagère à dessein la puissance, accablée par cette hérédité incertaine encore et mystérieuse qu'on se h&te un peu trop d'ériger en loi, la pauvre volonté, dis-je, a grand peine à se mouvoir, et que cette liberté morale, qui fait la dignité de l'espèce et qui est ce qu'il y a de plus humain dans l'homme, qui est l'homme même, s'en va morceau par morceau, proie livrée à l'aveugle appétit des systèmes, et qu'enfin, si le bon sens et ce que j'appellerais le sentiment de la conservation morale ne se ranime et ne se défend, il ne restera bientôt plus dans la conscience humaine qu'un ressort inerte et brisé.
L'homme qui n'est pas pleinement et profondément convaincu qu'il est mattre de lui-même et arbitre de sa destinée morale, l'homme qui se sent disposé à rejeter sur tout ce qui l'entoure la respon-