‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 39 sur 159 · CHAPITRE yi 5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE yi 5S

cher obligeammeDt toutes les circonstances qui peuyent atténuer leur responsabilité, on ne serait pas fâché de les trouver irresponsables. Ici la science intervient encore, et son intervention est en général moins otile à la morale qu'aux coupables euxmèmesy car elle met plus d'une fois sur le compte de la folie des actes accompDs en connaissance de cause. Et, en effet, quel est le point où commence la folie? Qui pourrait le fixer ou même l'indiquer f Tout crime, à le bien prendre, implique un trouble profond dans la conscience, un dérangement des facultés ; mais ce trouble, ce dérangement, celui qui le ressent en est presque toujours la cause; c'est l'abandon de la volonté, c'est la liberté laissée à la passion qui les produisent, de sorte que si le crime peut être attribué à la folie, cette folie elle-même est imputable au criminel. Un crime est commis dans l'ivresse; l'homme ivre n'est plus responsable; c'est donc l'ivresse qui est coupable du crime ; mais le criminel est coupable de son ivresse ; c'est lui qui a volontairement noyé sa raison. Presque toujours la folie qui engendre le crime est elle-même engendrée par la débauche ou la dépravation, elle est effet avant d'être cause, et la responsabilité peut bien être reportée en arrière, elle ne doit pas être écartée. L'aliénation mentale n'est souvent qu'une aliénation volontaire, et si la raison se retire, c'est qu'on Ta mise à la porte.

Une autre conséquence de cette exagération de-

5ft DE L'ÉDUCATION

scrupules scientifiques» c'est que les sympathies s'égarent et se fourvoient, et qu'on oublie parfois les yiclimes au profit des coupables.

S'il est bien de songer aux circonstances qui peuvent atténuer la responsabilité du criminel, il est bon aussi de songer aux conséquences redoutables des acquittements faciles et des condamnations trop douces. Un crime acquitté est une semence de crimes; qui espère l'indulgence du juge est bien près d*y compter, et le droit de gr&ce lui semble bientôt le droit à la gr&ce. La défiance de la justice publique pousse aux vengeances personnelles, l'impunité de ces vengeances affaiblit à son tour la justice, si bien que» gr&ce à la douceur érigée en système et aux faiblesses d'une philanthropie fourvoyée, on reviendrait peu à peu à la barbarie.

Page 1