DE L*IDÉAL MODERNE
SOlfMAlRB. — Qae rédacation est chose difïïcile entre toutes parce que Tinstinct et la passion agissent d*une façon permanente, tandis que la Tolonté est une fcTce intermittente.
— Que réducation devient particulidrement difficile en certains temps et dans certains milieux. — Que la société aide ou contrarie, achève ou défait rœuvre de Téducateur.
— Que réducation suppose un type à réaliser. — Idéal des républiques anciennes. — Idéal social et national de la République française. — Sa supériorité morale. —Son respect pour la dignité humaine, pour la justice, pour le travail sous toutes ses formes. — Son humanité; — sa prévoyance;
— sa sollicitude; — sa largeur et sa générosité à l'égard des autres peuples ; — sa douceur; — sa conception de la Divinité qu'il identifie avec la justice et la bonté. — Idéal individuel.
L'éducation est chose difficile par tous les temps et dans tous les lieux, car il n'est pas aisé d'assurer l'empire de la raison sur les passions, et partout et toujours les passions sont les mêmes; vaincues parfois dans l'individu, elles subsistent dans Fhumanité ; elles ne meurent qu'avec la mort, elles renaissent avec la vie. Ce qui fait leur force, c'est qu'étant innées, elles agissent d'une manière permanente, tandis que la volonté qui les combat a nécessaire
ment des défaillances, qu elle s* exerce par intermit* tences, et que dans ces moments où la volonté épuiiBée se rel&che et se détend, la passion toujours active regagne le terrain perdu. Ce n'est que par la continuité et la durée de Feffort qu'on Taffaiblit, qu*on l'use et qu'on la décourage ; ce n'est qu'en transformant en habitude les efforts d'abord successifs et inégaux de la volonté que l'on crée enfin une force morale dont Faction devient, elle aussi, permanente et ea&n dominante.
Si forte est la passion, que, désespérant de la vain- >crt dans les miUeiix qui la ravivent et l'excitent, certains hommes s'arrachent à la société de leurs semblables et se réfugient dans la solitude powr venir plus aisément à bout d'un ennemi ainsi privé 4e tout auxiliaire, et que d'autres, non contenès d'isoler la passion, vont jusqu'à macérer et dessécher leur propre corps par la souffrance et ies primn tions volontaires, pour ôter à leur adversaire les forces qu'il puise dans la chair et le sang. Mais ces violences engendrées par Finintelli^ce de la nature humaine, par la méconnaissance de ses besoins légitimes, et l'exaspération d'une volonté impuissante, n'aboutissent qu'à d'inutiles martyres; on peut affaiblir ia passion, on peut la contenir, on peut la régler, on ne la détruit pas.
Ces luttes acharnées, outre qu'dles se proposent l'impossible, sont presque toujours entrejurises trqp tard, quand les passion^, longtemps abandonnées à
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eBeB-mèmes, se sont développées et fortifiées mk liberté. C'est de bonne heore qu'il faut s'y prendre, c'est dès leur naissance qu'il faut les saisir, ce sont leurs premiers mouvements et leurs premiers élsms qu'il faut diriger.
Hais, indépend«mmuentdes difficultés que Téducation rencontre partout et toujours et qui tiennent à la nature de l'homme, il en est d'autres qui tiennent aux temps, aux milieux et aux mœurs. Combien Téducation est chose plus difficile dans Tagitation et la corruption des grcmdes TÎUes que dans le calme et l'innocence relative des campagnes, au milieu des lattes politiques et Feligieuses que dans les temps de concorde et de paix, dans le raffinement des civilisations avancées que dans la simplicité des mœurs primitives I
Il y a eu certains peuples, comme les Athéniens, comme les Spartiates surtout, qui, à certaines époques <le leur histoire, aviûent réussi à se mettre d'accord sur les principes de l'^ucation. Ils avaient conçu un certain type de l'homme et du citoyen et adopté un ensemble de moyens propres à le réaliser. La tâche de l'éducateur y était alors simple et facile; cbt autour de lui, tout concourait à le seconder. Les leçons données à l'école rencontraient de l'appui au dehors ; l'enfant trouvait dans la vie domestique et dans la vie publiqve les noodèles des vertus auxquelles on le formait. Rien ne contrariait les efforts de l'éducateur, rien n'affaiblissait l'autorité de sa
parole ou ne détruisait Teffet de ses leçons. Commencée à l'école, Tœuvre se poursuivait et s'achevait sans peine dans une société qui n'était ellemême qu'une grande école d'application des vertus enseignées à l'enfance.
Il n'est pas besoin de dire que la société actuelle ne ressemble point à celle que je viens de décrire, non que nous n'ayons nous aussi conçu un type de l'homme et du citoyen, et même un type supérieur à ceux de Sparte ou d'Athènes ; mais nous sommes loin d'avoir pour la réalisation de notre idéal les ressources que ces républiques ont un moment possédées; surtout ce qui nous manqué encore, c*est l'accord si désirable des esprits, c'est cette harmonieuse unité du corps social, c'est cette concordance . si nécessaire entre les idées et les mœurs. Nous sommes dans une période de transition, et notre idéal lentement et péniblement élaboré dans d'interminables luttes politiques et religieuses, notre idéal sorti tout sanglant des entrailles de la Révolution française, puis trois ou quatre fois refoulé par des réactions violentes, vient seulement de reparaître encore tout affaibli par les blessures profondes faites à la patrie, et attristé par son inconsolable deuil; il se relève languissant, au milieu d'une société longtemps énervée par une corruption systématique et en partie atteinte par le scepticisme et le découragement. Hais, tel qu'il nous apparaît, il doit avoir pour la jeunesse un charme puissant, il peut