CHAPITRE VU tt
pour leurs vieux jouia un toit hospitalier. Noue TOuloQs enûn (|ue la société se considère comme une famille immense do^i la soHicitude toujours en éveil et la prévoyance toujours en travail embrasse dans le présent et l'avenir toutes les misères physiques et morales de ses innombrables membres» Il n'a rien non plus de la hauteur et de Tâpreté égoïste de Tidéal romain qui. ne poursuivait dans la victoire que rhumiliation et Texploitation du vaincu ; s'il a aspiré aux conquêtes, c'était non pour asservir les peuples, mais pour les affranchir, non pour les^ avilir et les dépouiller, mais pour les admettre au partage des biens et des libertés dont nous jouissions nous-mêmes ; et aujourd'hui, convaincu de la puissance irrésistible delà raison et de la justice, ses préférences sont pour les conquêtes pacifiques, pour celles qui se font par la vertu expansive des idées et l'efficacité assimilatrice de l'exemple. Mais il ne s'enferme pas dans les limites de la patrie, si grande et si belle qu'elle puisse être, il ne peut se résigner k l'égoïsme national dont d'autres peuples lui donnent l'exemple; il ne se sépare pas du reste de l'huma^ nité, et, bien qu'il ait appris à ses dépens que la reconnaissance des peuples est un vain mot et que presque partout encore le droit plie sous la force, tout en faisant la part des nécessités présentes, touL en armant la patrie pour une défense nécessaire ou des revendications légitimes, tout en s'interdisant une propagande armée,, il ne peut renoncer aux
espérances sublimes de la fraternité et de la concorde universelles. G*est llionneur de la race et du génie français, c'est Thonneui^de la Révolution française d'avoir associé dans leurs conceptiouB et leurs aspirations les progrès et le bonheur de Thumanité tout entière aux progrès et au bonheur de notre patrie.
Notre patriotisme est devenu prudent sans devenir égoïste ; malgré de redoutables et proches exemples, il n'enseigne pas, il n'enseignera jamais le mépris et la haine des nations étrangères; fort de son droit, épris de la seule justice, il ne respire pas la ven* geance; il garde, dans l'amertume même des souvenirs, son fond de générosité naturelle et de bienveillance habituelle.
Profondément imprégné des influences du christianisme naissant, pénétré d'une immense pitié pour les misères sans nombre et les rigueurs arbitraires de la destinée humaine, son ambition la plus haute, sa passion la plus grande est de répandre dans les lois, dans les institutions et les mœurs, cette douceur fraternelle que respirait le langage du Christ, alors que la religion était encore contenue dans ces mots : Aimez-vous les uns les autres. Il se refuse à voir dans la Divinité une puissance vindicative et menaçante, qui poursuit dans la série des générations innocentes la faute d'un seul homme, qui frappe et qui punit de peines horribles et infinies les défaillances d'un être faible et fini. A ses yeux la