CHAPITRE VIII
AUSSES A REDRESSER. — t'ÊGALITÉf
Ce que deyiennent les principes en passant dans l*esprit des masses. — Combien* il importe de donner aux enfants des idées justes sur rêgalité et la liberté. — Des inégalités naturelles. — Des inégalités sociales. — Comment Tidée d'égalité a pris naissance. — Qae sa source est dans la conscience* — Qu'elle doit son existence et son caractère à la liberté morale ou libre arbitre. — Des utopies égalitaires. — De la véritable égalité. — De Tinintelligence de Tégalité politique. — Ses conséquen ces. — De rêgalité en tant qu'elle s'applique au principe de l'admissibilité à tous les emplois. — Des influences qui gênait l'application de ces principes. — De» recommandations. — Rôle et devoirs de Tinslituteur.
Il serait puéril de se dissimuler que cet idéal qui s'est laborieusementfaît jour à travers les difficultés de tout genre, s'il a passé en partie dans les institutions et dans les lois, n'a pas encore pris possession des esprits, et surtout qu'il est loin d'avoir transfoi'mé les mœurs. D'abord quand Tidéal descend des gra ndes intelligences qui l'ont conçu, des grands cœurs qui en ont longtemps couvé la flamme, dans les espr its à demi cultivés ou incultes, dans des âmes commun es ou basses, il s'altère, il se défigure, il se
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mftbérialise ; c'est comn^ un tableau de maître., qui, soua-le pinceau de eopistes de plus en plus malar droits, Ta perdant peu à peu sft beeuité première et finit par n'être plus qu'une image grossière ou même une véritable caricature.
Ainsi le» grands principes de liberté et d'égalité poUtique' et cirilé qui puisent leur force et leur noblesse àla source même de la moralité humaine et qui ne sont que les formes agrandies de la loi qui régit la conscience, ces principes d'abord si admirablement exposés par la philosophie du dix-huitième siècle, puis si admirablement compris parles législar teurs de 1789, se rétrécissant et s'altérant à mesure qu'ils pénétraient dans des intelligences étroites et obscures, se déformant et se souillant au contact des passions ardentes et brutales, sont peu à peu devenus presque méconnaissables ; souvent invoqués à contresens, ils servent à couvrir du reste de leur prestige les revendications l0s plus absurdes et les attentats les^ plus monstrueux ; c'est au nom de la liberté même qu'onprétendexercerde sanglantes tyrannies,c'estaa nom de l'égalité qu'on prétend commettre les plus iniques foliations. Et ces principes une fois faussés^ dans l'esprit des masses, vainement on s'efforce de les redresser. Trompées dans leurs convoitises, irritées par leurs déceptions, elles deviennent sourdes, aveugles, intraitables, elles se redissent contre la vérité même évidente, elles s'enfoncent désespérément dans les^ erreurs qui leur sont clières»^
Aussi est-ce de bonne heure qu il faut imprimer dans Tesprit de Tenfant ces types régulateurs de la vie politique comme de la vie privée, pour qu'ils y demeurent inaltérables, et que plus tard, les passions ne pouvant ni en obscurcir ni en méconnaître les véritables traits, et se résignent à en subir Tautorité naturelle, affermie par le progrès de la raison. Mais pour que les maîtres puissent enraciner ces principes dans les jeunes intelligences , il est indispensable qu'ils les portent en eux-mêmes et que par l'effort de la réflexion personnelle ils aient réussi à en bien comprendre le caractère et la portée, à les dégager de toutes les erreurs volontaires ou involontaires qu'accumulent autour d'elles l'ignorance et l'intérêt. Je ne doute pas que dans les écoles normales et dans les écoles supérieures on n'accorde à cette partie de l'enseignement, qui n'est que le complément de l'instruction morale et qui constitue la meilleure part de l'instruction civique, toute l'importance qui lui revient ; que ne peut-il être continué hors de ces écoles et étendu aux maîtres si nombreux qui n'ont pu l'y recevoir I J'ai eu plus d'une occasion de reconnaître que les idées dont je parle, qui sont le fondement de l'éducation politique, sont loin d'être bien nettes et bien arrêtées dans l'esprit de plus d'un maître.
C'est chose essentielle de donner aux enfants une notion exacte de l'égalité. En effet, si cette notion est faussée dès le principe, elle fausse à son tour