CHAPITRE Vra
pour y trouver le principe et la source de la seule égalité réelle.
C'est dans la liberté morale, autrement dit le libre arbitre que cette égalité réside. Tous les hommes sont soumis à la même loi ; cette loi, qui commande le bien, qui défend le mal, tous peuvent la violer ou la suivre; ils sont tous moralement libres, et par suite responsables. Supprimez cette liberté, Tobligatien morale devient un non-sens, car il serait absurde d'être tenu à faire ce qu'on serait dans l'impuissance de faire. Soumis à la fatalité, nous tombons au rang des choses, auxquelles on ne commande et ne demande rien. Donc pas de liberté, plus de devoirs et partant plus de droits, nos droits n'étant que les devoirs des autres envers nous. Pas de liberté, plus de responsabilité, plus de dignité, plus d'actions bonnes ou mauvaises, plus de mérite ni de démérite, plus d'éloge à donner, plus de blâme à infliger, plus de peines, plus de récompenses ; le fondement de la raison se dérobe, la moralité s'évanouit, les jugements humains n'ont plus de règle, le langage plus de sens, les sentiments plus de raison d'être. Sans la liberté que signifient les mots d'estime, de mépris ?estime-t-on la pierre qui tombe ? blàme-t-on le feu qui brûle ? que parlez-vous de haine et d'amour, d'admiration ou de dédain? Les êtres qui agissent malgré eux, ou plutôt qui n'agissent pas, qui sont passifs, peuvent-ils inspirer de la reconnaissance ou du ressentiment? Ainsi le libre
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arbitre est la clef de voûte de Tédiftee moral et social comme il est la clef du langage humain. Otezte, tout s*écroule et le langage n'est plus qu'un pèle-raféle de mots vides de sens. Heureusement cette liberté morale est pour Thomme un besoin si vivement ressenti, elte pousse en nous des racines «i fortes, si profondes et si rivaces, elle est si intima^ ment et si nécessairement mêlée è t^oos les mouve* mehts de la pensée et du sentiiïïent, qu^eUe p^3A déjouer les déplorables efforts tfune philosophie fourvoyée et d'un matérialisme avide d'ab$ds»em«at. Ni la rage de la démonstration à outrance, ni les railleries d'une immoralité en quête de justifications,n*entameront une vérité indémontrable parœ qu'elle n'a pas besoin d'être démontrée. Qu'est-ce que le raisonnement peut avoir à démêler avec une vérité éclatante qui éclaire toute la vie morale et sociale ? quelle est cette folie de vouloir porter de la lumière à un foyer lumineux? Quant à ceux qui ont besoin de ne pas se croire libres, par ce qu'ils abdiquent leur liberté, si leur raisonnement pouvait avoir quelque valeur, leur vie lui'ôterait tout crédit; cette liberté morale siineptemeilt attaquée par ceuxlà même qui la devraient défendre, elle est heureusemeùt bien vivante encore, l'homme y tient comme à sa vie même, et à part quelques disputeurs grisés de raisonnement et quelques avilis intéressés à se croire irresponsables, Thomme ne songe guère à la mettre en doute. Il continue et continuera k
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reTendiquer énergiquement la responsabilité de ee qail fait (le bien, à aecepter sans se plaindre les conséquences de ce qu'il fait de nal ; il tient à sa dignité d'homme, il n'aspire pas à déchoir. Or, c'est dans cette liberté morale que réside la Téritable source de Tégalité ; différents en tout le reste» les hommes ont ceei de commun qu'ils sont tous moralement libres» Tous ils sont capables d'effort, et c'est à l'effort que se mesure le mérite. Les hommes les plus dissemblaUes peurent avoir un mérite égal.
C'est parce que nous sommes libres que nous aifoas des devoirs, puisque c'est dans le pouvoir de fiure 0(i de* ne pas âûre son devoir que consiste la liberté même; et c!est parce q«e nous avons des devoirs que nous avons des droits, c'est-à-dire que nous pouvons exiger des autres qu ils accomplissent leujfs devoirs envers nous. Devoirs et droits, car il . ne faut pas intervertir Tordre logique iSt mettre avant les devoirs les droits qui en découlent, devoirs et droits sont les mêmes pour tous, et, comme ils n'existent que par le libre arbitre, on peut dire que le libre adûtre est le principe de la (ygnité: personnelle et de la véiitaUe égalité. Qu'on tourne et retourne un homme, qu'on l'examine paniedehors, par le dedans, qu'oafouille son corps, ^'an scrute son &me, on y trouvem des ressemblances nombreuses avec les autres hommes, mais point d'égalité,: sauf en un point, un seul, la liberté morale. :Et cette égpalité est tout entière «renfermée
dans la liberté, car elle cesse par l'exercice même de cette faculté commune, et l'inégalité reparait tantôt avec des nuances délicates et infinies, tantôt avec d'énormes différences,suivant Tusage ou Tabus que les hommes font de leur liberté : les uns se distribuent et s'étagent sur les innombrables degrés qui montent vers Tidéal et les autres descendent plus ou moins vite la pente qui les mène à Tanimalité ; de sorte qu'aux inégalités naturelles et accidentelles, physiques et intellectuelles, déjà û nombreuses, viennent s'ajouter des inégalités morales, celles-ci volontaires, puisqu'elles sont les conséquences de notre conduite ; tant il est vrai que rinégalité fait le fond même de notre nature !
Faisons donc bien comprendre aux enfants en quoi consiste Tégalité véritable, de quelle source elle découle, et dans quelles limites elle est contenue. Faisons-leur bien comprendre que, sans la liberté morale, il n'y aurait ni égalité civile, ni égalité politique. Cela est tellement vrai qu'aux malheureux qui ont perdu cette liberté ou qui n'en ont jamais joui, aux fous, aux idiots, aucun peuple, aucune législation n'accorde la jouissance des droits politiques et civils; cela est tellement vrai, qu'à ceux qui ont abusé de cette même liberté, aux condamnés, aux criminels, tous les peuples, tous les législateurs retirent pour un temps ou pour toujours l'exercice de ces mêmes droits. Plus d'égalité civile et politique, quand l'égalité morale, c'est-à-dire le libre arbitre est