CHAPITRE Vin
pourtiudt, du moins en maint endroit; l'électeur se croit au-dessus de Télu, qu'il considère comme son «euTre, comme sa créature; il ne songe point qu*il Ta choisi à cause de son mérite, à cause de sa vaieurv à cause de son careolètre, mais bien qu'il l'a tiré du néant par un acte de sa volonté souveraine, et que par suite l'^u est. tombé sous sa dépendance. Cette opinion de rinfériorité de l'^u vis à vis de l'électeur se manifeste dans certaines réunions publiques» où le malheureux, mandataire, assis sur la sellette, s'entend int^peller en termes tels, que jamais président des assises ne s'en permettrait de semblables dans rinterrogatoire du plus suspect des accusés. Eti quand l'électeur parle du conseiller, du député, du sénateur, dans l'élection duquel il entre pour une. part infinitésimale, n'attendez pas qu'il fasse précéder son nom du terme qui représente le minimum de la politesse courante ; point. Il l'appelle B ou G tout court; c'est bien assez pour lui. L'élu est traité moins poliment que le premier ou le dernier venu. Yoilà ce qui peut s'appeler de l'égalité à rebours^ de l'égalité renversée, et qui met le sens dessus dessous.
La République ouvre à tous toutes les voies qui conduisent à tous les emplois, à toutes les fonctions. Autrefois les emplois se donnaient à la faveur ou s'achetfident argent comptant. La République, passionnée pour la justice, a voulu que tout citoyen capable de remplir un emploi pût y aspirer, et que
tout emploi fût donné au plus digne. Ce principe est une consécration de l'égalité civile en ce sens qu'il supprime les privilèges accordés à la naissance et à la fortune et qu'il substitue au caprice et à l'arbitraire une règle fixe et équitable; mais il est en même temps une reconnaissance non équivoque de l'inégalité naturelle et morale, puisqu'il classe les concurrents d'après leur aptitude et leur mérite. Ce principe est-il bien compris? Il est permis d'en douter. Entant qu'il supprime les anciens privilèges, il est universellement admis; mais en tant qu'au désordre de la faveur il substitue un ordre de mérite, c'est une autre affairei et il n'entre pas si aisément dans les esprits et surtout dans les mœurs. Pour les esprits grossiers ou obscurcis par l'intérêt personnel, il y a là une atteinte à l'égalité absolue, un simple changement dans la nature du privilège ; ce qu'on donnait autrefois à l'argent ou à la noblesse, on le donne aujourd'hui au mérite, au talent ; c'est toujours de l'inégalité, car tout le monde ne peut avoir la même instruction, la même intelligence. On ne saurait croire combien est étroit le moule de l'égalité mal entendue, et à quel point cette conception rudimentaire s'écarte de la justice. Cet écart, il est facile de le faire voir et mesurer, même à des enfants.
L'esprit de l'enfant est en effet simple et droit, il comprend sans peine que toute fonction publique comme toute profession, comme tout métier, exige