‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 49 sur 159 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

d'abord de la compétence, et qu'il serait absurde de donner ^ un danseur un emploi de calculateur. Il comprend tout aussi bien qu'entre les aspirants dont la compétence est constatée, il faut choisir le plus capable, que l'intérêt public le demande, et que la justice le commande; il comprend enfin que tout aspirant ou candidat d'une immoralité prouvée ou d'une moralité suspecte doit être impitoyablement écarté, d'abord parce que l'honnêteté est la seule garantie de l'accomplissement du devoir, ensuite parce que, sans cette précaution, l'Étal qui confère les fonctions et qui est le tuteur naturel de la morale publique, en deviendrait le destructeur. Voilà comment l'on doit expliquer l'égalité en tant qu'elle s'applique au principe de l'admissibilité à tous les emplois. U n'y a plus de motifs d'exclusion tirés du rang ou de la fortune, et c'est en cela que consiste l'égalité ; mais il y a des conditions de capacité et de moralité, et c'est là que l'inégalité reparaît, heureusement pour la justice. C'est ce qui prouve encore le caractère éminemment moral de la véritable égalité ; parmi les capables, la loi n'exclut que les indignes, ceux qui ont encouru des condamnations judiciaires, ceux qui sont moralement déchus ; pour ceux-là plus d'égalité.

Ces principes, bien qu'altérés dans certains esprits, sont faciles à comprendre et l'instituteur n'aura pas de peine à en pénétrer les jeunes intelligences ; seulement il faut que lui-même en soit non seulement

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rinterprète conyaineu^ mais le scrnpuleux obeerra^ tetir. Je ne parle pas de la moralité du corps enRen gnant, elle est aa-dessas du soupfon ; je ne pario pas de sa compétence, elle eet étei^liepardes titres, maisje parle da mérite et des conditions normales cpie l'appréciation du mérite doit établir dans la distriH biition des fonctions et l'avimcement dea^fonciioiiinaires.

Cette règle du mérite, on l'applique assez yolon^tiers aux autres ; s'y soumet-on aussi volontiers soi* même? L'intérêt personnel résiste et cherche àt échapper à cette loi maudite. On s'exagère son pir>* pre mérite, on se trompe soi-même, on s'échauffe à la poursuite de l'emploi convoité, on s'irrite de trouver sur son chemin des concurrents qui ont plus de droits, plus de titres, on les rabaisse, on les déwie; et enfin, pour assurer le succès, c'est-à-dire pour consommer une injustice, on finit parfois, quand on n'a pas commencé par là, on finit par recourir aux protections, et l'on supplée à l'insoffl*sance du mérite par l'appoint des recommandations* On cherche donc un personnage considérable qui n'est jamais bien difficile à trouver, on le trompe et il se laisse volontiers tromper, on le flatte et il se laisse faire, et on l'amène à intervenir pour qu'il barre le passage au plus méritant et qu'il fasse arriver le moins digne.

Chose étrange! les hommes que le suffrage uni* versel choisit à tous les degrés pour défendre les

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pirincipes républicains, soat préchément ceux qui travaeillent parfois^ à. en. fausser ou. à en entraver l'application; ce sont eux qui parfois viennent jeter le poids de leur influence et de leurs recommandations dans le plateau, où. se pèsent les titres et les services. ]^ua entre tous .pour établir et faire respecter la. justice, ils s*^inploient à demander des faveurs. Or, la. faveur est un joli mot, et une vilaine ehose; pour l'appeler de son véritable nom, c'est une injustice^ puisqu'elle donne le plu» à qui mérita le moins. Singulier renversemest des rôles I N'est-ce pas pour détruire le régime de la faveur qu'a été fondée la République? Cependant. c'est à rétablir ca régime que travaillent des mandataires infidèles à leur mandat. Républicains de théorie) dans leurs discours ils ne réclament que la justice, mai& dans la pratique ils ne cherchent que la faveur. La cause de cette oonlradictxon, pour ne pas dire de cette duperie, n'est un secret pour personne, et oe n'est pas le lieu d'examiner par quels moyens on pourrait soustraire à la tyrannie des intérêts privés lesreprésentants de l'intérêt public. Mais il est triste de voir des institateurs^ chargés sinon de r^ésenter^ au moins d'enseigner la justice, chercher parfois des auxiliaires à Tinjusiice, Je ne connais guère d'alliance plus immorale que celle d'un élu du peuple uni à l'éducateur du peuple pour obtenir un passe-droit. Cependant les habitudes sont si enracinées et les tentations si fortes que j'ai vu un débu-

tant, au saut de l*École normale, aller droit s'abriter sous le patronage d'un personnage influent; c'a été sa première inspiration.

On demeure stupéfait de la légèreté avec laquelle certdns élus du suffrage universel prêtent leur appui à certaines candidatures, avec quelle facilité ils se portent garants de la valeur professionnelle et morale de leurs protégés, avec quelle assurance ils se prononcent sur le bien fondé de leurs réclamations ou la légitimité de leurs prétentions. On dirait vraiment qu'ils savent par cœur le personnel, qu'ils ont pesé les titres et compté les services, et que l'administration compétenten'aplusqu'às'inclinerdevantun jugement sans appel. Us ne se doutent guère à quel point ils prêtent parfois à rire, quelles bévues ils commettent, et combien ils se méprennent sur l'aptitude et la moralité de leurs clients. Il leur arrive, et le cas n'est pas rare, de recommander les moins recommandables, soit parce qu'ils n'ont pas le courage de refuser, soit parce qu'ils ont intérêt à consentir, soit parce qu'ils n'ont pas le temps ou ne prennent pas la peine de s'enquérir. Rien de plaisant comme ces lettres de recommandation, véritables diplômes de capacité, véritables certificats de moralité, délivrés souvent à des inconnus par des personnages trop connus. Ils y déclarent hardiment qu'un tel mérite à tous égards la place qu'il sollicite. Informations prises, on trouve que ce candidat sans pareil est incapable ou taré.

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