IDÉES FAUSSES A REDRESSER (SUITE
Des premiers effets de la liberté. — Intolérance retournée. — De ridée de liberté. — Comment elle s*altôre. — Que la liberté a un caractère essentiellement moral. — Que si les hommes devenant plus libres ne deviennent pas meilleurs, la liberté tourne au détriment de la société. — De la liberté de la parole. — Réunions publiques. — Utopies socialistes. — Du pa^ tage des biens. — Rôle de Téducateur. ~ De la classe ouvrière, ses besoins, ses droits. — Nos devoirs. — Utopie de l*État industriel et commerçant. — Qu*elle conduirait k une tyrannie sans précédent, à une ruine inévitable. — De la bourgeoisie ; qu*elle n*est pas une classe à proprement parler. — Des crimes dits politiques. — Erreur à combattre. — Des vols commis au préjudice de TÉtat, des départements, des communes. -- Des fraudes. — De la contrebande. — Ce que recouvre la surface brillante de la civilisation. — Préjugés et superstitions vivaces. — Des effets de Tignorance dans les temps de malheur. — Bruits qui couraient pendant la dernière épidémie cholérique. — Médecins empoisonneurs. — Semeurs de choléra. — Devoir de l'éducateur.
Si Fégalité est assez souvent mal comprise, la liberté ne Test pas toujours beaucoup mieux. Il est vrai de dire que nous ne sommes entrés que d'hier •en possession définitive de ce bien si longtemps désiré et que jusqu'alors nous n'en avions joui que parintervallesetparintermittences.Orrinexpérience,
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les longs jeûnes, les jouissances précanree el mena* cées ragendrent les ébus et les excès, tandis que lai possession assurée des biens en règle l'usage et le modère; sou» ce rapport, le temps ertle meilleur des maîtres.
Le premier usage de la liberté incomprise ou reconquise, prématurément ou soudainement accordéej o'esi une atteinte à la liberté même. Tel qui sa {daignait et avec raison d'être privé de la liberté de conscience, du jour même où il l'obtient, s'élève cott* tire ceux qui ne partagent point ses croyance» ou son incrédtdité ; il les attaque, il les dénonce, il prétend leur imposer la contrainte dont il a longtemps seuffert et dont il vient d'être affranchi. La liberté loi parait incomplète si les autres en jouissent; il s^nne^ il s'irrite que la reconnaissance de ce droit n'ait pas eu pour premier effet de ramener les ftuiresà son opinion; si on lé laissait faire, sa liberté tournerait vite en représailles et en tyranniCi
Tel autre demandait la liberté de la parole el de; la discussion; Use flattait de réduire aisément see^ adversaires par l'irrésistible pui^»nce de ses^rguinents; mais que ces adv^nsaire» résistent, qu'ils ^'obstinent dans leurs erreur», ou qu'ils demeurent fidèles à leurs convictions, notre homme désappointé s'emporte et'sana plus attendre', passant du raisonne- »tent à rinjm^, il se donne le plaisir, de vilipaider <îeax qu'il n'a pu convaincre.
' Tel autre croit tout uniment que la liberté, c'est la
destruction de Tautorité, et le lendemain du jour où la liberté a été proclamée» il se réveille tout surpris de trouver encore en place des autorités civiles ou militaires. Celui-ci, tout fraîchement investi du droit de voter, ne rêve plus qu'élections, électeurs, éligibles, élus, et, partisan résolu de l'application universelle du suffrage universel, il voudrait sagement faire élire les officiers par les soldats, les administrateurs par les administrés, les contrôleurs par les contrôlés, les maîtres par les élèves, et les juges par les accusés. Tous ces excès, toutes ces folies ne tiennent pas seulement à l'ivresse naturelle des premières heures de l'affranchissement, mais àl'ignorance complète de ce qu'est la liberté, de sa nature et des limites qu'elle rencontre dans l'exercice des droits d'autrui et dans les conditions mêmes de l'existence des sociétés.
La liberté civile et politique n'est qu'une conséquence de la liberté morale ; elle étend à la fois le pouvoir de bien fair^ et celui de mal faire ; mais en augmentant le pouvoir de bien faire, elle en accroît l'obligation; en augmentant le pouvoir de mal faire, elle n'en donne pas le droit. A la contrainte exercée par le despotisme ou la rigueur des lois, elle substitue l'empire volontairement exercé par l'homme sur lui-même; à la direction imprimée du' dehors, elle substitue la direction qui vient du dedans. Les lois cessentainsi d'imposer au citoyen tout ce pu'il est jugé capable de s'imposer à lui-même.