CHAPITRE IX
classe ouvrière. Le développement trop rapide de certaines industries a créé des agglomérations d'hommes que la rudesse de leurs travaux, TinsufiBsance de leurs salaires, la menace permanente du chômage, l'incertitude du lendemain, dispose aux revendications violentes et livre aux excitations coupables de meneurs ambitieux et cupides. C'est le droit de ceux qui souffrent de chercher à améliorer leur sort, c'est notre devoir à tous de les y aider, c'est l'avantage des institutions libres de leur en fournir les moyens, et l'honneur du gouvernement et des chambres d'y contribuer de tout leur pouvoir. Mais autant ces efforts sont légitimes et louables, autant est absurde la prétention d'imposer à la société tout entière le soin ou l'entretien d'une catégorie de citoyens, non seulement parce que les secours se demandent et ne se commandent point, non seulement parce que l'État n'a ni le pouvoir d'imposer sa volonté à l'industrie privée, ni le droit de se substituer à elle, non seulement parce que la perspective d'un salaire assuré détruirait bien vite l'initiative et l'activité et par suite l'industrie même, mais aussi, mais surtout parce qu'il |serait impossible de régler et de limiter ce privilège, parce que tous les corps de métiers viendraient la réclamer les uns après les autres, puis tous les ouvriers qui travaillent seuls, puis les petits commerçants, puis les paysans, puis tout le monde, et que l'État, si par malheur il se laissait entraîner dans cette voie, serait amené à
an éantirtottte liberté indiridaelle^àétablirpartoutleB trayaux forcés et à exercer une ty rannief monstrueuse, sous laquelle il finirait par succomber lui-même, entraînant dans sa mine la société tout entière.
Ces vérités- là ne sont pas au-dessus de la portée des enfents, et en tout eas^perur leeiy nettre, il suffit de prendre un exemple.
Supposons que tous les ouvriers menuisiers demandent de l'ouvrage à rÉtat, chose- déjà peu vraieemblaUe, car il en est beaucoup qui ne veulent relever que d'eux-mêmes et qu'il faudrait contraindre/mais admettons que Tax^cord -se lasse sur ce point et que l'État consente à devenir seul et unique fabricant. Voilà d'abord 'une liberté supprimée, et de ce seul fait, toutes les autres, menacées* UÉtat devenu patron réglerait les salaires. Croit-(Ha qu'il parvînt à contenter tous les ouvrière? S'il leur donne à tous un salaire égal, les ouvriers laborieux et adroits seplaindrontet avec raison ;s'il établit des salaires inégaux, ce seront les paresseux et lesosalbabiles qui réclameront ; il faudra qu'il ait recouvs à laforce pour imposer sa-volon té; la tyrannie commence. Et à quel taux iftxerart-iLèes salaires ? avec quoi les payera-t-il ? -Évidemment av«c le prix cbs meubles vendus. Le voilà donc devenu non* seulemmit unique fabricant, mats uniquei marchand. Voilà un commerce supprimé et tous les marchands ruinés; mi, si on les indemnise, c'est le trésor, c'est*à-dire le public qui payera l'indemnité. La tyrannie avance»
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Eisi l'État ne yend pas assez de meuUeB, avec quoi pa3rera-i-on les salaires? encore avec l'argent du trésor, c'estnà-dire é^ conlribuaUes. Ou, si, pour nourrir ses ouvriers, il élèye outre mesure le prix des meuMes, et que le public refuse d'en acheter et fasse Tenir de Tétranger des meubles meiUeurs, à meilleur marché, 8*y opposeca-t-il et forcera*t-il lee citoyens à acheter les siens ? surcroît de tyrannie. £t quand il aura ainsi m^^ontentétout le monde^ sauf tes oumners menuisiers, et encore, eomment €era4-il pour faire prévaloir sa volonté? eera-ee à Faide de ces mêmes ouvriers menuisiers ? La lutte ne serait pas longue. Et que serait-ce donc si l'État voulait être non seulement fabricant de meubles, asais l'unique Cabricimt, Tunique industriel et y«nique commerçant de k société tout entière ? Qu'on songe bien qu'en élevant le prix des mai^ tbandisesipour élever oursofitenir lesiaalaires, TÉtat atteindrait infailliUem^t les ouvriers eux-mêmes, car les ouviiers sont aussi des acheteurs; il leur ft»drait donc eux waaA payer plus cher les objets deteon8ommatîon,0tt, si on leur vendait àimeiUevr c««ipte, le reste du payase révolterait et avec raisen. •i^e «impie essai d'un. pareil système, s'il était possB>le, mettrait senadessus diesaouala société en quel* q«es:jours. Rendue ainsi. palpable, une vériéé de ce genre peut entrer aisém^t dans llesprit d'un.ei^ant. 6Se n'est pas l'intérêt dfune dasse isoule, si méri* lante qa'elle .puisse être, qu'on doit (Percher, à
Texclusion ou au préjudice des autres, c'est l'intérêt de tous, c'est l'intérêt commun. Qu'il y ait d'un côté plus de concessions à faire, plus de sacrifices à consentir, nul n'y contredit ; mais demander l'assujettissement du peuple à une partie du peuple, c'est la négation du principe républicain, et sous une autre forme le retour au passé.
Pénétrons de bonne heure l'âme des enfants d'un sentiment de bienveillance pour tout ce qui porte le nom de français; élevons-les par le patriotisme audessus des divisions qui tendraient à rompre l'unité si péniblement conquise, et à faire renaître des classes que la république deux fois victorieuse a fondues et confondues dans le vaste sein de la démocratie ; il n'y a plus de castes, plus de classes dans la société française, il y a la nation ; les privilèges ont disparu, et quant aux différences de fortune, c'est sur la fraternité et non sur la violence qu'il faut compter pour les amoindrir; car, pour les détruire, il faudrait détruire l'humanité même.
n est d'habitude dans certaine presse de représenter la bourgeoisie comme formant une classe à part, classe héritière des privilèges de l'ancienne noblesse* Est-il besoin de faire remarquer que la. bourgeoisie, puisqu'on l'appelle ainsi, ne possède aucun droit qui n'appartienne à tous, que le dernier des prolétaires a les mêmes droits que le premier des bourgeois, et qu'en France l'égalité civile et politique est absolue? Parler de titres est plus inutile encore, les