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CHAPITRE IX

quelques titres et particules égarés dans la bourgeoisie n'y ont ni valeur ni crédit; à très peu d'exceptions près, ce sont des signes parfois suspects, souvent ridicules d'une vanité aussi incorrigible qu'inoffensive. D'ailleurs ces particules voyagent, elles montent, elles descendent, et ne sont ûxées en aucune partie de la nation. Qu'est-ce donc qu'une caste sans titres et sans privilèges ? à quel signe distinctif reconnait-on un bourgeois? où commence, où finit la bourgeoisie ? où est la limite qui la sépare du reste des citoyens ? Dans la pensée de ceux qui lui déclarent la guerre, qui la rendent responsable des maux et des souffrances de la classe ouvrière, qui la signalent comme une seconde noblesse à détruire par une seconde révolution, la bourgeoisie se compose de tous ceux qui sont arrivés, eux ou leurs pères, à se créer, par le travail, une épargne, un capital petit ou grand. Le capital, voilà le grand mot, voilà l'ennemi I Ainsi le travail, l'économie seraient des crimes 1

Se peut-il imaginer rien de plus inique, de plus absurde, de plus antipatriotique? L'ouvrier habile qui a épargné sur son salaire : bourgeois ; le paysan laborieux qui a économisé sur le produit de ses récoltes : bourgeois; le modeste employé qui a vécu de privations pour élever son fils et doter sa ûlle : bourgeois ; bourgeois tous, alors ; car il n'est personne qui ne puisse épargner.

D'ailleurs, qui noble est, noble reste; au con-

traire, le bourgeois d'aujourd'hui ne Test plus de» main, car on se ruine en ce monde ; et le prolétaire d'aujourd'hui demain sera bourgeois, car en ce monde on travaille et Ton gagne. Dans notre démocratie libre et ouverte il n'y a point de barrière, mais deux grands courants, Tun qui élève le mérite et le travail, l'autre qui entraine en sens ontraire, Tinconduite et l'incapacité. Il faut aider les premiers à monter plutôt que retenir ceux qui descendent; il faut venir en aide aux efforts honnêtes et laborieux pour la constitution d'une première épargne ; il feiut, par tous les moyens légitimes, améliorer progresBivement lesort des travailleurs et leur rendre possible cette épargne si désirable ; mais flétrir ceux qui ont semé et plus tard récolté, mais menacer ceux qui ont recueilli les fruits des arbres plantés par eux ou par leurs pères, c'est briser le ressort de l'activité humaine, c'est tarir la source de la prospérité nationale, c'est commettre un crime de lèse-justioe et de lèsepatrie.

Aussi, laissant de côtelés cupides exploiteurs de la souffrance exaspérée, les harangueurs ambitieux de la misère égarée, je dirais «ux pcurtisans con^ vaincus ou séduits des utopies malsaines et des revendications injustes, ce que l'Hôpital disait à ses contemporains divisés par le fenstisme religteofx : « Pour Dieu, ôtons ces osots funeste» et diaboliques» « noms de parti&et de sédittom, luthériens, hugtie-

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<x notst papistes, et ne changeons pas le beau nom « de chrétiens. »

Et nous, ne changeons pas le beau nom de Fran* çais; ^uand nous parions aux enfants de notre société, de nos institutions républicaines, montronsleur comment chaque citoyen, libre sous la protection de lois équitables, peut déployer en tous sens sa libre activité, et tenter toutes les voies, sans renton» trer d'autres obstacles que ceux que la nature ellemême a créés, et que la civilisation moderne tra* vaille sans relâche à abaisser, ne les pouvant détruire.

Il est une autre erreur malheureusement trop répandue, qui accuse une profonde altération du sens moral, et qui tend à multiplier les crimes en leur donnant une apparence de noblesse et de légitimité. Aux yeux de certaines gens, les crimes politiques ne sont pas des crimes. Les auteurs de ces attentats trouvent non seulement des approbateurs, mais des défenseurs éloqu^ts; il n'est donc pas étonnant qu'ils aient des imitateurs.

Qu'est-ce donc qu'un crime politique? C'est celui qui est commis non par intérêt personnel, mais sous couleur d'intérêt généra) et pour amener un changement qu'on croit utile dans la forme du gouvermeniou dans la constitution delà société. C'est donc la noblesse du but qui ennoblit l'action, et c'est la fin qui justifie les moyens. Cette maxime n'est que trop connue, et connue par ses fruits ; c'est la maxime

jésuitique, et Ton a droit de s'étonner de la voir adoptée et mise en pratique par ceux-là même qui sont les ennemis déclarés des jésuites et qui les accablent de leur niépris. Et cependant si les jésuites ont encouru le mépris et la réprobation, c'est précisément parce qu'ils ont appliqué sans scrupule cette déplorable maxime. Comment donc leurs imitateurs pourraient-ils échapper à la même condamnation? Le vol et le meurtre commis dans un intérêt religieux sont-ils plus coupables que le meurtre et le vol commis dans un intérêt politique? La différence du but change-t-elle donc le caractère des actes? Non : la moralité des actes est indépendante du but; tuer et voler sont des crimes, quelle que soit l'intention de celui qui vole et tue. Si, pour se justifier d'un crime, il suffît d'alléguer une bonne intention, il n'y a plus de répression possible, partant plus de sécurité, et bientôt plus de société. Les hommes les meilleurs peuvent se tromper ou se laisser entraîner, que sera-ce des autres ? Et qui donc peut se flatter de pénétrer les intentions des hommes? à quel signe certain distinguera-t-on une bonne d'une mauvaise intention ? et si Ton s'en rapporte aux accusés eux-mêmes, est-il un scélérat qui ne puisse échapper au châtiment? La justice, malgré les ressources dont elle dispose, n'arrive pas toujours à établir le véritable caractère des faits, comment arriverait-elle à fixer le caractère des intentions? C'est un axiome juridique que personne n'est juge

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