‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 54 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dans sa propre cause ; que devient ce principe si Ton absout un crime en faveur de l'intention? Admettre en effet l'intention pour une justification, n'est ce pas constituer chacun juge de lui-même? Si la moralité des actes dépend de l'appréciation individuelle, il n'y a plus de coupables, il n'y a plus de justice. Il faut donc que la justice ait une autre prise sur les sentiments presque toujours insaisissables ou obscurs; cette prise, c'est l'acte seul qui la donne.

Les actes volontaires sont bons ou mauvais en eux-mêmes, indépendamment de leurs causes et de leurs conséquences; sans doute les mêmes actes n'ont pas toujours la même valeur ; mais dans quelque mesure que les circonstances les aggravent ou les atténuent, ils conservent le caractère qu'ils tiennent de leur nature; le crime peut être plus ou moins grand, mais crime il est, et crime il demeure.

Une autre erreur moins funestç, il est vrai, mais grave encore et fort accréditée, erreur qui découle de la même source, consiste à croire qu'on peut en toute sûreté de conscience frauder le trésor, tromper la douane, tromper l'octroi; certaines gens vont plus loin et pensent qu'on peut sans scrupule tromper les compagnies. Comme ces erreurs sont fort anciennes et par conséquent difficiles à déraciner, comme elles ont survécu aux temps qui les ont engendrées et qui les justifiaient dans une certaine mesure, ce n'est que par Téducation et par de longs efforts qu'on arrivera sinon à les détruire, du moins

à les affaiblir. Il importe donc de saisir à temps l'esprit de Fenfant, de rectifier les idées fausses que Tindulgence de l'opinion a pu y faire naître, et de bien affermir son jugement sur ce point, ayant que l'intérêt personnel ou la contagion de l'exemple l'aient witrainé à suivre le courant.

Disons-lui donc et faisons-lui comprendre qœ la fraude et la contrebande, si fort en usage pour ne pas dire en honneur, surtout dans les pajrs^ frontières, sont des vols véritables^ qui ne diffèrent des vols ordinaires* et qualifiés crimes, qu'en ce que ceuxrci sont commis au préjudice des particuliers, tandis que ceux-là se commutent aii préjudice des communes et de l'État. Or, vol«r quelqu'un ou voler tout le monde, c'est toujours voler, et, au point de vue moral, la faute est la même ; ce sont des espèces différentes de vol, mais ce sont l'une et l'autre des vols*

Ajoutons que ces fautes qui autrefois pouvaient paraître légères ou moins répréhensibles, ont pris sous le régime républicain un caractère de gravité nouveau et sont aujourd'hui sans accuse. En effet, dans un temps où les droits de douane ou d'octroi étaient fixés arbitrairement, on pouvait jusqu'à un certain point se croire autorisé à garder pour soi un argent dépensé sans contrôle et parfois sans profit pour la naiion. Mais aujourd'hui ces impôts sont, comme tous les autres, votés ou approuvés par les chambres, c'est-à-dire par le peuple lui-même, ils

Page 1