‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 55 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

«OBt affectés à rentreiien des services de TÉtat ou à des travaux d'utilité publique, leur emploi estsoumis an contrôle le plus minutieux et le plus actif; retenir ou détourner un argent légalement voté, légalement perçu* lé^lement employé, ce n'est pas seulement porter préjudice à ses concitoyens et se yoler soimême, c'est se mettre en révolte ouverte avec la. volonté nationale, c'est violar à la fois la loi morale et la loi dviie.

Les mœurs sous ce rapport, comme sous bien d'autres, sont en retard sur les institutions, car il ne manque pas de prétendus républicains qui élisent fort consciencieusement leurs députés, leurs conseillers généraux, leurs conseillers municipaux, c'està-dire qui leur confèrent par Téleclion le droit devoter les impôts^ et qui ensuite, par une contradiction sans doute inconsciente, s'ingénient à ne point acquitter ces impôts votés par leurs représentants, c'est-à-dire par eux-mêmes,

A force de parler et d'entendre parler de progrès, on en arrive à se méprendre sur l'état intellectuel de notre génération, on est dupe de l'apparence, on juge sur la surface sans regarder au fond. En réalité nous sommes plutôt frottés de civilisation que civilisés, nous sommes républicains de nom plutôt que de principes et surtout que de mœurs. Ceux qui ne se contentent pas de lire les journaux et d'entendre les orateurs, ceux qui tiennent à se renseigner par euxmêmes, ceux qui s'éloignant du bruit qui se fait à la

surface, descendent dans le peuple et vont écouter les ouvriers, les paysans, les bonnes femmes, ceux qui suivent avec une curiosité réfléchie les séances de nos tribunaux, ceux-là savent quelle couche épaisse d'ignorance il reste à enlever, combien de préjugés ridicules, de croyances absurdes, de superstitions tenaces il reste à déraciner, combien d'idées étranges fermentent encore dans les cerveaux malsains, combien de fantômes hantent encore les imaginations et non seulement dans les coins reculés des campagnes, mais au beau milieu des villes et des plus grandes villes.

Là comme dans les plus petits villages fleurissent encore l'invincible croyance à la vertu fatale du fameux nombre treize, des salières renversées, des araignées malencontreuses ; là, à la porte des écoles, des lycées, et des facultés, dans les quartiers de lumière, s'ouvre le cabinet de la somnambule et des diseuses de bonne aventure, et plus loin, dans quelque ruelle discrète, le réduit où l'on achète à beaux deniers comptants le moyen de conjurer les sorts et de vaincre Vémmasquement. Il y a dans les esprits un fond naturel de crédulité peureuse et sur ce fond uA amas vivant de superstitions, où Ton retrouve des restes de paganisme mêlés aux plus grossières aberrations du moyen âge. Chose étrange, certains esprits cultivés n'échappent pas à cette tyrannie de Tabsurdité unie à la peur, et les racines inextirpables des superstitions héréditaires repous-

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