‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 61 sur 159 · CHAPITRE X il · texte numérisé non relu

CHAPITRE X il

part; mais les yieillards en général, le commcui des TÎdllardSy ceux4à ne sont-ils pas tnâtés avec indi^ férence et parfois avec népris, comme objets de rebut? Et oependaat, sans parler de notre intérêt bien entendu qui devrait nous laire songer à l'avenir et à ce qui nous attend, sans parler des prescriptions de la m<»mle et des injonctions de nos codes, le vieillard n'a-l-il pas droit, comme tout ce qui est faible, triste et menacé à une sympathie attentive et affectueuse? Quel homme vraiment homme peut voir an vieillard sans songer à tout ce qu'il y a peut-être de misères et d'infirmités dans ce pauvre corps qui va s'affaiblissant, à tout ce que renferme de regrets amers, de souvenirs douloureux et funèbres, ce pauvre vieux casar qui va se refroidissant, et enfin à cette menace perpétuelle <te la mort suspendue sur cette^ tète blanchie ? Il n'y a pas Ht matière à plaisantme.

Le vieillard est chose sacrée, comme l'enfant; quecdui-ci apprenne donc à respecter son grand aîné.

Du reste, la nature nous aidera dans cet enseignement. D'instinct, l'enfant aime le vieillard, qui le lui r^id bien. Je ne sais rien de plus touchant que cerapprochenumt des extrêmes, que ces deux bouts de la vie qui se relient, que ce grand-père menant son. petit-fils par la main.

Aidons à notre tour la nature et prenons garde que la grossièreté du langage ou la sécheresse du CQSux ne viennent flétrir cet instinct délicat.

La vieillesse m'amène tout naturellement à songer à la mort. Il est bon d'expliquer aux enfants pourquoi les hommes se découvrent silencieusement devant le corbillard qui passe ; car les enfants ne s'associent pas spontanément à ces marques de respect. Sans doute il ne faut pas assombrir de pensées funèbres l'aurore de la vie ; mais serait-il sage de tenir systématiquement l'enfance dans une ignorance ou une indifférence complètes sur cette grande affaire de la mort qui remplit la vie ? S'il est dangereux d'éveiller et de développer prématurément en lui une sensibilité énervante, on serait coupable de le laisser s'endurcir dans une insensibilité égoïste. Le mieux est de l'initier virilement et progressivement à l'intelligence de la destinée humaine, à ses caprices, à ses rigueurs, de l'habituer à sortir de lui-même, à se mettre en pensée au lieu et place des autres, à se sentir en autrui, à vivre dans ses semblables. C'est presque là tout le secret de l'éducation.

Ne craignons donc pas d'attacher un moment ses regards et son attention sur ce cercueil qui passe, sur ce père en larmes qui conduit son enfant à la dernière demeure, sur ces orphelins qui suivent les restes d'un père ou d'une mère enlevés à leur amour. La légèreté naturelle et nécessaire à l'enfant aura bientôt repris le dessus ; mais une pensée salutaire aura traversé son esprit et y laissera un souvenir que les circonstances feront par la suite renaître utilement. Il en aura ou plus d'attachement pour

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ses parents, ou plus de pitié pour les orphelins.

Oserai-je dire que le respect des enfants pour les parents est moindre qu'il n'était autrefois, et cela non seulement dans les familles pauvres, mais dans les familles aisées et même dans les familles opulentes ? Cet dOTaiblissement d*un sentiment si nécessaire s*explique par le changement profond qui s*est opéré dans les esprits et qui n'a pas tardé à s'opérer dans les mœurs en tout ce qui touche à l'éducation du premier âge.

Montaigne a été l'un des premiers à pousser un cri de pitié pour les enfants qu'on martyrisait dans les écoles ; les philosophes du dix-huitième siècle, J.-J. Rousseau surtout, ont éloquemment plaidé la cause de l'enfance, les pédagogues formés à son école ont conli ibué à changer en une bonté attendrie la dureté des âges passés, et le mouvement profond de ces derniers temps en faveur de l'éducation populaire a achevé la conversion. Les enfants ne sont plus battus, et ils ne doivent pas l'être ; ils sont entourés de soins, et nul ne saurait s'en plaindre. Mais là ne s'est pas arrêté ce retour de sensibilité à l'égard de l'enfance ; si dans notre pays les changements d'habitudes sont difficiles à provoquer, les régler est plus difficile encore. Nous passons vite et volontiers d'un extrême à l'autre extrême, et les gens qui résistent à ce mouvement précipité, ceux qui essayent de l'enrayer, ceux-là perdent souvent et leur temps et leur peine.

Dans la fiamille des siècles passés les enfants n'étaient riea ou pas grand'chose; dans la famille moderne ils sont tout ou peu s*en &ut. Autrefois les enfants étasent traités avec séyérité pour ne pas dire avec rigueur ; on les tenait à l'écart, on les élevait dans la crainte, et la crainte est gardienne du respect. A table Fenfant ne parlait pas, aujourd'hui BOB seulement on le laisse parler, mais on Vj invite, on Técoute, et volontiers on l'admire. Il a, comme on dit, voix au chapitre, et souvent c'est son avis qui prévaut ou au moins sa volonté et parfois son caprice. Autrefois ce qu'il y avait de plus mauvais était bon pour lui, en fait d'aliments comme de vêtements ; aujourd'hui, entre lui et ses parents, pas de dififérence pour la nourriture, ou, s'il y en a une, elle est en sa £Kvenr, et, poor rimbiikment, elles ne sont pAS rares les familles où l'enfant est mieux vêtu que les parents ; ceux-ci y mettent presque de l'orgueil ; la mère porte bonnet, la fille porte chapeau, et la famille voit dans celte différence la marque de son ascension dans l'échelle sociale. S*il y a encore dans Je peuple des parents qui rudoient leurs enfants, c'est l'effet d'une brutalité naturelle ou des colères alcooliques, mais en général les enfants sont traités avec une douceur et avec des égards que leurs aînés n'ont pas connus.

Dans leur langage, le vous traditionnel et respectueux qui maintenait les distances a cédé la place au tu famiUer ; les enfants traitent d'égal à égal avec

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