‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 62 sur 159 · CHAPITRA X · texte numérisé non relu

CHAPITRA X

l^urs père et mère; c# sont de petits penouMges, qai prennent de jour en joar une plus haute idé» d» leur importance et dont la yokn^, fortifiée par la {aiblesee paternelle, init par ne plus renceaèrer èd réMstancé. Je n'apin^endrai rien à personne en disant que rémancipation anticipée des enfants est passée en habitude, que Tautorité paternelle compose avec eux et abdique avant l'heure, et que ni le bonheur domestique, ni les mœurs publiques n'ont rien gagné à cet affranchissement prématuré et à ce reuTersement des rôles.

Mais alors comment s*étonner que les enfants, qui sont si habiles à pénétrer les caractères, à surprendre fes faiblesses et à en tirer avantage, perdent aussi prématurément quelque chose du respect filial, el que ce scaoïtiments'en aille avec Tautorité qu'on abandonne ? Le contraire aurait lieu de surprendre. Ajouterais-je que les paroits ne se gênent guère en présence de leurs enfants, qu'ils abordent souvent devant eux des aniets délicats et scabreux, qu'ils les babituentaux jugements sommaires sur les personnes et les choses, qu'ils ne se méfient pas assez de leur pénétration naturdle et de leur penchant si fort à rimiiation, que leurs réticences maladroites ou leurs regards d'intelligence ne font qu'aiguillonner la curiosité ardente et active du jeune âge, et qu'enfin une association trop intime et trop précoce de l'en- &nce à la vie des grandes personnes les rend témoins de scènes qui ne sont pas toi^ours exemj)laires.

Concluons donc que si le respect filial a diminué, la faute en est surtout à Timprévoyance et à Timprudence des parents eux-mêmes. Comme toujours, un changement excellent en principe, mais poussé trop loin dans la pratique, a produit des conséquences fâcheuses.

C'est une raison de plus pour que nos maîtres inspirent de bonne heure aux enfants les sentiments qui conviennent à leur âge, pour qu'ils s'efforcent de lutter contre les habitudes régnantes et de soutenir l'autorité paternelle qui se désintéresse ou s'abandonne. Et dans cette lutte contre le courant du jour, ils ne doivent pas songer seulement au présent, qui pourrait les décourager, mais à l'avenir, qui doit soutenir leur courage. Dans l'enfant qu'ils élèvent, ils doivent envisager le futur père de famille et songer que les leçons d'aujourd'hui porteront leurs fruits plus tard. Devenu père à son tour, l'enfant, irrespectueux aujourd'hui peut-être, se rappellera alors ses droits et ses devoirs ; les souvenirs de l'enfance sont comme ces germes qui peuvent dormir longtemps dans la terre, mais que des influences et des circonstances favorables viennent féconder et faire éclore. 11 ne faut donc pas croire à l'inutilité des leçons parce qu'elles semblent perdues ; vienne le moment propice et la semence lèvera.

Le sentiment de la tendresse filiale doit aller croissant avec l'âge des parents comme avec l'âge

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des enfants; des parents, parce que le temps a poar effet inévitable de faire le vide autour d'eux en les séparant de ce qu'ils ont de plus cher, et parce que, sujets aux infirmités, les secours commencent à leur manquer au moment même où ils leur deviennent le plus nécessaires; avec Tàge des enfants, parce que les progrès de leur raison et une intelligence plus nette de leurs devoirs ôteraient toute excuse à leur indifférence ou à leur ingratitude. Et, à ce propos, je ne puis m'empècher de toucher, en passant, un sujet fort sérieux, mais qui a le don d'égayer la morosité contemporaine et d'exciter la verve railleuse des romanciers et des chroniqueurs. Il y a dans la vie de famille un moment à la fois heureux et douloureux ; c'est celui où des parents établissent leurs enfants; à la joie de marier une fille se mêle naturellement dans le cœur des parents, de la mère surtout, un sentiment de tristesse et de regret. C'est une séparation, et la raison ne suffit pas toujours à en adoucir l'amertume. Sans doute ce regret n'est pas exempt de tout égoïsme, mais dans ce monde est-il beaucoup de personnes qui ne vivent que pour les autres, et en tout cas la sévérité convient-elle à ceux qui ne vivent que pour euxmêmes? Sans doute aussi ce regret n'est pas toujours discret et maître de lui-même, mais alors n'est-ce pas à celle qui trouve dans cette séparation inévitable une ample compensation, n'est-ce pas à la fille à se mettre en pensée à la place de sa mère, à lui réser-

Ter la part d'affection qui lui est due, et à la dédommager d'une perte qu elle-même doit subir à son tour? N'est-ce pas à celui qui entre dans une famille à compreftdre un sentiment naturel et respectable jusque dans ses exag^ations? Il n'en est pas ainsi pourtant, et Tégoïsme à deux se dérobe bien vite à raccomplissemefii d'un devoir incommodé, et, dans ce brusque changement, la raillerie endémique trouve plfldsant de faire rire aux dépens de ceux qui souffrent. Elle a enrichi le théâtre comique d'un personnage nouveau qui a nom la belle-mère. C'est ane création dont le théâtre se serait bien passé, et dpnt la famille ne profitera guère. Il ne faut pas croire à llnnocuité des plaisanteries passées à l'état d'habitude; elles exercent une très réelle influence sur les e&prits légers qui sont en somme les plus nomhreux, elles disposent insensiblement à des actes qui n'auraient pas cessé de paraître blâmahles, si la manie de tout ridiculiser ne leur avait préparé un semblant d'excuse dans l'iodulgence de l'opinion ei n'en avait insensiblement atténué la culpabilité. Tout ce qui est de nature h rompre le'faisceau de k famille, à en détendre les liens est au plus haut point répréhensible; les hommes ne doivent pas ressembler à ces êtres d'un ordre inférieur, à moitié végétaux, à moitié animaux, qui se propagent en se partageant ; l'union de la famille doit survivre à l'établissement des enfants, et leur mariage doit l'étendre et non la déchirer.

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Il y a UQ autre sentiiBeDty <1*ua cai^acière moins particulier et moins obligatoire que le respect filial, €à. que cepeoclaai une soeiéié ne pourrait, sans déchoir, laisser s'amoindrir. Ce sentiment a été l'âme de la cbeiralerie et Tua des traits les plus saillants du caractère français ; il a ftdt le charme et la grâce de la société dans les sièdâs derniers ; je yeux parler du respect des femme».

Il prend sa source dans la &ibk8se même de la femme, faiblesse qui l'expose à tous les dangers, swrtout dans des temps rttdes comme le mo^renàge; il s's^croU du prix qui s*aUache à rhonnevr des familles dont la femme est la dépositaire; il s'j mêle un sentiment de pitié pour les terribles épreuves et les longues feitigues de la maternité, enfin il est eomme une sorte d'hommage rendu à la grâce et à la beauté, et un tribut de reconnaissance po«r le bonheur ou le charme que la femme prête à la vie hu* maine. Poussé d'abord jusqu'à une sorte de culte à une époque de guerre permanente et d'aventures chevaleresques, il a dégénéré peu à peu en simple galanterie à mesure que les femmes^ au Ueu d'inspirer les gprands dévoûments et les entreprises héroïques^ devenaient dans une société plus tranquilte la parure des salons ei des cours. Mais,, même sous cette fm*me quelque peu «i^pecte, ce sentiment, bien qu'altéré et affadi, s'est pourtant conservé. Sans doute il ne vivait guère qu'à la surface de la société et les niasses populaires n'en ont iamais été pénétrées..

Aussi, le monde étroit et fermé où il régnait encore, au moins en apparence, ayant été noyé dans les flots montants de la démocratie, ce sentiment semble avoir disparu.

Il n*en est rien pourtant. Au-dessous d'une noblesse futile et sensuelle, une classe plus laborieuse et plus éclairée avait conçu de la femme un autre et plus noble idéal où la vertu reprenait sa place, mais entourée des dons les plus brillants de Tesprit. La femme devient un moment Tinspiratrice inspirée du génie ou du courage ; les Roland, les Récamier nous offrent l'image presque accomplie de cet idéal nouveau.

Il n'a pas survécu au triomphe de la démocratie dont l'idéal indécis n'a pas encore été réalisé. Autant qu'on en peut juger par les aspirations qui se font jour et par les efforts qui sont tentés, la femme dans la société nouvelle paraît devoir être moins souciease des marques extérieures du respect que désireuse d'indépendance, moins jalouse d'égards pour sa faiblesse que pour des droits qu'elle juge méconnus; elle entend prendre part à la lutte pour Texistence, se fdre sa place dans la vie publique exister par elle-même et non plus seulement comme la compagne de l'homme. Nul doute que si ces aspirations, en partie légitimes, sont contenues dans de sages limites, la société ne trouve dans les aptitudes intellectuelles et morales de la femme des ressources précieuses et longtemps négligées, et que cette

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