CHAPITRE X
attitude nouvelle, faite d'énergie et de dignité, ne commande l'estime et le respect.
Quoi qull en soit, il est certain que dans les mouvements politiques qui ont abaissé et appauvri la classe autrefois dominante, fortifié et élevé les classes inférieures, la politesse traditionnelle envers les femmes a sinon disparu, au moins grandement diminué. Par cela même que la femme est sortie plus d'une fois du milieu et de la réserve dans lesquels sa mission naturelle semblait devoir la renfermer, par cela même qu'elle s'est mêlée aux luttes politiques et sociales, qu'elle a pris une part plus large à la vie militante et publique, qu'elle s'est fait une place déjà considérable dans la presse et dans les lettres, qu'elle a affiché ses prétentions à une égalité qui peut paraître à bon droit chimérique, elle s'est en quelque sorte découverte, elle s'est exposée aux attaques, aux critiques, aux railleries, elle a perdu quelque chose des égards qui semblaient comme une compensation légitime d'une situation effacée et modeste. Rien cependant ne justifie le sans-gêne dans le langage et le laisseraller dans les manières qu'une partie de la génération contemporaine croit pouvoir se permettre avec les femmes.
Autant nous devons nous efforcer de faire préva^ loir les principes de justice et de liberté qui sont le propre de la démocratie, autant nous devons nous efforcer de conserver ou de remettre en honneur
tSe DE L'ËDUCATION
cette courtoisie proverbiale, cette pi^esse* traditionnelle qui ont distingué l'ancienne société francise ^ doQit la perte serait une altération du catoictère françaîsv
André Chénier, parku^ des changements inéTÎta!bles que le mouvement (tes esprits amèr.e dans Im, Uttéra^tfe disak:
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
Suiv<ms ce conseil dans les relations de la vie ; le fond des idées a changé, gard(ms la forme en ce qu'elle avait de noble et de délicat; la vraie déBoiocratie consiste à élever, à ennoblir l'humanité, à appeler le plus grand nombre à l'exercice des droits et à la jouissance des biens qui font l'honneor et le bonheur de la vie, et non à propager la grossièreté et la rudesse.
Ce serait une erreur de croire que le langage et les manières sont chose indifférente ou même secondaire ; ils sont une traduction expressive des idées et des sentiments. Ces libertés de ton et d'allures prédisposent et enhardissent à des libertés plus grandes, et celles-là plus blâmables. Si l'établissement .de la République n'est en réalité que le triomj^he d'un long et patient effort de la dignité humaine méconnue dans le plus grand nombre de ses membres, le respect de cette dignité, surtout dans les êtres les plus faibles, doit être l'ambition et l'orgueil des mceurs républicaines. Que si la coor-